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 feeling down, alone and empty inside /ft. alix

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jillian — perfection has a name

◭ messages : 1267
◭ arrivé(e) le : 22/11/2013

MessageSujet: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Mar 17 Déc - 5:01

booooon... déjà désolée pour le gif, il m'a trop fait rire ->
sinon ben, je te préviens direct, j'ai pas terminé. j'te poste le début, histoire de te faire un petit cadeau avant le début de tes partiels, en espérant que ça te donnera un peu de courage (a) (ou paaas !). n'y prends pas trop goût, tu sais que je poste jamais une réponse pas terminée ^^
la suite tu l'auras beeen soit demain après midi, soit mercredi. j'aurais bien essayé de terminer là, maintenant, tout de suite, mais je ne peux décidément pas me grouiller, j'veux faire ça bien, comme d'hab quoi (a) et faire honneur à ce beau couple qui nous donne tellement de joie, de délires, de déprime... et qu'on ne sait définitivement pas lâcher  I love you 
d'ailleurs, retour aux sources : désolééééée, c'pas fameux Arrow




feeling down, alone
and empty inside
ft. Jill & Lon

Odieuse torture. Le manque était là, enchainé à ses entrailles. Vicieux, il assassinait son esprit, martelait les parois fragiles de son cœur trop longtemps mis à mal. Chaque seconde, la brulure devenait plus dure, plus présente, déchainée par l'absence. Son absence.
Assis derrière son bureau -cet imposant bureau en bois de chêne- Lon rejeta la tête en arrière puis, étouffa un juron. Incessamment, il se remémorait les paroles de Jillian : je ne viendrai pas, j'dois bosser. Si le professeur comprenait, son palpitant côtoyait la déraison, manquant parfois un battement, s'empressant de le rattraper. L'attente. L'impatience. La douleur. Toute cette merde lui foutait la nausée.
Lockhart avança une main assurée vers son bureau et tira un de ses nombreux tiroirs. Alors, la colère s'invita, hôte éternel d'une amie de longue date... Un moment, le temps s'immobilisa, tout comme le regard de l'homme sur une seringue. Cette putain de seringue ! C'était facile. Combler le vide. Se réconcilier avec cette maîtresse généreuse. Flirter tendrement avec cette aiguille. Lui permettre de toucher sa chair. Accorder au poison le droit de lécher ses veines, de pénétrer son sang. Jouir d'une présence aussi éphémère que postiche. Oh oui, c'était facile. Aisé. Simple. Sans incertitude. Sans aucun doute. Et merde, que la tentation était grande ! Mais Lon savait. Par expérience, il savait que nulle drogue ne pouvait démanteler ce manque que seule Jill était capable de provoquer. Pas même cette chère et délicieuse héroïne qui, pendant longtemps, avait su abandonner Lockhart aux bras d'un semblant de bien être. „ Fais chier ! “ Rageur, l'homme referma sèchement le tiroir et rapidement, le salon accueillit sa colère à son tour.

Nonchalant, Lon se vautra dans le canapé, tuant au passage un paquet de chips abandonné un peu plus tôt par un sombre crétin. Ignorant les pleures déchirantes de ses victimes -saveurs cheeseburger !- l'homme s'abandonna au vacarme abrutissant de la télévision. Tentative inutile qui n'apaisa pas son amertume ; celle-là même qui régnait en maître sur ses émotions là, du haut de ce piédestal sur lequel il l'avait déposé. Brutale, celle-ci se heurta aux murailles moroses de son esprit, pourtant consciente que l'entêtement de Lon ne lui céderait aucun échappatoire, ne lui laisserait nul loisir de fuir, de s'exprimer, de hurler sa peine et sa douleur. Reine, oui. Mais prisonnière. Elle ne possédait que le regard pour briller, brûler et saccager chaque image que l'écran lui renvoyait. Images que le principal regardait, sans vraiment voir. Très vite, une cigarette s'en alla agacer ses lèvres. Comme si cela suffirait à l'adoucir...
Mauvais, le fauve marchait cent pas dans cette cage trop étroite. Oppressé. Amer. Distrait. Cette soirée s'était teinte de promesses après trois jours -une putain d'éternité- passés à attendre, à croiser les regards provocateurs de Jillian, sans pouvoir ni lui parler, ni la toucher. Cette soirée n'avait plus aucun sens, tandis que Lon retrouvait péniblement cette solitude auparavant appréciée. Aujourd'hui, il l'exécrait, n'aspirait qu'à la détruire, la pulvériser à coups de pelle, l'enterrer dans les profondeurs nauséabondes de son passé, puis espérer ne plus la voir reparaître. Jamais...
Cette belle illusion.

Le soleil pointait au zénith quand, enfin, Lon émergea, éveillé par les piaillements agaçants de ce qui ressemblait à une exploratrice vêtue de rose -trainée de Dora ! Le sommeil l'avait happé, tard dans la nuit. Son corps semblait apaisé, soulagé d'une fatigue tenace. Son esprit n'était qu'une ombre décharnée, éternellement emprunt à cette irritation silencieuse, jamais lavé d'un rien sournois et déplaisant. Douloureusement, Lockhart s'arracha du canapé -dans un soupir bruyant, les chips retrouvèrent un goût émietté à la vie. Pressé, Lon écrasa le bouton off de la télécommande, tandis qu'un bref regard sur son portable l'informait que Jill n'avait pas donné signe de vie -détestable gamine pourrie gâtée. Délaissant un soupir exaspéré, Lon ne se donna ni la peine de reboutonner sa chemise en entier, ni le temps de passer devant un miroir. Pressé, il ramassa ses clés et s'envola au volant de sa Bentley (en mode superman, youhouuu ! sans le collant et le slip... ni la cape, trop ringarde !), ignorant avec superbe le froid vif d'un hiver précoce. Hâte qui retrouva toute sa modération devant la porte d'entrée de l'appartement de la jeune O'Donnel. Entre-ouverte.
Un instant, le cœur de Lon s'immobilisa, avant de reprendre sa course lente et ininterrompue. Derrière cette porte, il pouvait deviner un silence lourd ennuyé d'un simple fond sonore musical. Incertain, le professeur pénétra doucement les lieux imaginant sans peine un appartement sans dessus-dessous, des meubles renversés, ce liquide criard qu'il côtoyait souvent étalé sur les murs et -même- le cadavre terne de son aimée. Son imagination ne le trompa que peu. Au tableau de cette chimère ne manquait finalement que le sang.

L'agacement chassa l'appréhension. L'oeil noir, Lockhart fourra les mains dans ses poches et balaya d'un regard le salon dans lequel il se trouvait. Des cadavres, il y en avait. Des bouteilles vides se reposaient sur chaque meuble encore debout, quand d'autres se prélassaient sur le sol aux côtés de quelques inconnus notoires qu'une soirée trop arrosée avait cloué à terre. Trois d'entre eux squattaient le canapé, deux entre s'encastraient dans le fauteuil. Quant au reste, Lon ne s'attarda pas à les compter. Un moment, son regard s'arrêta sur quelques pilules multicolores abandonnées sur un chevet. Il sourit sans amusement.
C'était pour ça que Jill l'avait laissé à son mal-être ?! C'était pour une simple orgie qu'elle lui avait menti ?! Garce. Sans comprendre, l'homme glissa jusqu'à sa chambre, enjambant un mort ou deux, écrasant une cheville quelconque, ignorant un grognement de douleur lointain. Il la trouva là, endormie, une paix intense posée sur son beau visage.
Lon s'approcha. Calme. Puis déposa un baiser sur son front. Simple. Tendre. A des lieux de la peine réelle qui le hantait, de l'amertume qui le consumait. Une goutte de rosée sur une rose que le soleil n'avait su éveiller. Une rose pâle pourtant, assommée par l'alcool, qu'un simple mensonge avait terni. Une rose noire, triste et sans attrait. „ Hey ! Vous êtes qui vous ? Son père ?! “ En proie à la surprise, le professeur se redressa pour dévisager le sombre abruti qui osait tels propos. Lon serra les dents, serra les poings et tenta d'ignorer la bouteille de jack vide qui trônait sur la table de nuit. L'inconnu -un blondinet insipide- terminait de remonter son caleçon et à l'évidence, avait bien l'intention de retrouver sa place auprès de Jillian. Place qu'il n'avait sans doute quitter que quelques minutes. „ Fous l'camp. “ Sans doute lu-t-il un danger éminent dans le regard du principal, puisqu'il déserta sans attendre plus d'explications.

De nouveau, l'attention de Lockhart s'attacha à cette nymphe paisible. Patient, il attendit qu'elle ressente sa présence tourmentée et qu'elle quitte ce sommeil lourd, sans doute sans rêve. Encore, c'est avec tendresse qu'il s'empara de son beau regard. „ Bonjour, amour. “ Modération dangereuse. Bientôt, c'est au creux de son oreille qu'il déposa ses derniers mots. Peu lui importait ce réveil difficile, ces yeux encore collés par l'inconscience, cette insouciance imperturbable que ses traits affichaient, cette flegme qu'il ne tarderait pas à balayer. Non. Rien de tout cela n'avait d'importance. Il n'avait qu'une chose à dire. Avec lenteur et maîtrise, il s'empara encore du silence. „ Je vais être clair, Jill. C'est la dernière fois que tu me fais un coup pareil. “ Sinon quoi ? Lui-même n'aurait-su répondre. Cette longue nuit avait prouvé que Jillian était bien la seule chose dont il ne pouvait se passer, sa seule obsession. Lon savait pourtant qu'il ne saurait supporter la trahison à deux reprises. Cette patience dangereuse n'était que passagère. Le feu étouffait. Un souffle, un murmure suffiraient à le délivrer. Sans être éminent, ce retour de flamme était inévitable tandis qu'il dévisageait la jeune femme. Regard épris. Regard passionné. Mais regard glaciale, sombre, dévasté d'une déception qui ne cessait de croître. Jamais encore il ne l'avait regardé de la sorte.
Douloureusement, son ego se mura dans le silence. Cette fois, son amour propre s'en tirait sans égratignure, indemne. Non. Ce mensonge lui avait simplement perforé le cœur.
Sinon, tout allait bien.


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bye bye, blackbird.

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◭ arrivé(e) le : 26/08/2013

MessageSujet: Re: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Jeu 19 Déc - 17:55

Lon et Jill.
You were amazing up there.
« Hey Alix, j'suis terriblement pressé d'être à demain soir ! Comme avant hein, tes soirées étaient d'anthologie. » Comme avant. Alix ne savait que trop bien ce que cela signifiait. Comme avant lorsque, sombrant dans une malicieuse maladie dont elle se croyait désormais guérie, elle s'était laissée aller à la débauche et à la décadence. Un passé peu glorieux dont elle évitait de se vanter, mais qui pourtant, la suivait à la trace. Ce brun un peu gringalet n'avait tout de même pas tort, elle-même se devait de le reconnaître. Ses soirées s'avéraient toujours mémorables, pour une excellente raison : elle en avait deviné la clé. Cet ultime secret mal gardé était devenu sien. On y trouvait, toujours, quelque part, le moyen d'oublier. Oublier sa famille, ses problèmes d'argent, une mauvaise note, un cœur en miette, un accident de voiture, des pensées moroses, une amitié détruite, une soirée mal terminée, une dispute sévère et violente, un proche à l'hôpital ou un proche à la morgue. Le moyen d'oublier tout ce qui, de près ou de loin, n'allait pas dans leur vie. De laisser tout cela au placard comme si ça n'existait pas, que ça n'avait jamais eu lieu, qu'ils pourraient rester là, bien gentiment, dans ce placard fermé à double tour. Mais la vérité c'était qu'au petit matin, des craquements sinistres résonnaient dans leur esprit. Des petits bras féroces frappaient violemment et sans arrêt à cette porte qu’ils croyaient, naïvement sans doute, pouvoir oublier. Ils réclamaient l'ouverture, ces fantômes du passé, la formule magique pour s'échapper et retourner les hanter, puisqu'ils n'avaient nul autre but que celui de leur pourrir l'existence. Avec ou sans leur aide, ils y parvenaient, s'enfuyaient à toute hâte de cette boîte de Pandore et, telle des furies, revenaient leur hurler malheurs et peines, douleurs et secrets. Alix n'avait pas encore trouvé le moyen de leur offrir la paix et le silence éternels, mais elle permettait aux moins à ses amis de passer une soirée de pure décadence. Une soirée sans autre pensée que l'oubli et l'inconscience. Même une soirée, c'était en soi une petite victoire.
Oh, combien de fois s'était-elle servie de ce secret médical, combien de fois avait-elle oublié dans l'alcool, les pilules et la drogue ? Elle ne savait que trop bien à quel point ce sentiment de rien offrait à un cœur en miettes quelques instants de repos. Des instants parfois vitaux, parfois salvateurs, parfois dérisoires. Mais à ne rien tenter, vous ne risquez pas de gagner. Jill ne répondit que par un sourire à cette impatience flatteuse, et sortit son téléphone de son sac. Un unique SMS et quelques minutes plus tard, voilà que sa journée avait repris son cours normal.

Elle devait travailler dur ce soir, pour un examen capital. Du moins était-ce là l’excuse qu’elle avait fournie à Lon. La plus vieille des plus pitoyables allégations qu'elle n'avait jamais dite. Et pourtant, il l'avait crue. Avec naïveté, par facilité, ou peut-être simplement par confiance, il avait accepté son absence sans mot dire. Lui mentir avait été plus simple que prévu. Un SMS et son orgie décadente devenait enfin réalité. Pourtant, Jill ne s'estimait pas satisfaite : honteuse de n'avoir su le lui annoncer en face de peur de se trahir, inquiète qu'il apprenne, d’une façon ou d'une autre, cette petite trahison. Elle ne se l'imaginait que trop bien, ce soir, appréhender difficilement le vide qu'elle laissait derrière elle. Elle le voyait sortir un verre, seul, plus seul que jamais, se demander sans cesse si elle lui ferait la surprise de venir, finalement. Ou pas. Peut-être résigné, elle craignait qu'il ne rôde autour de son bureau, qu'il pense au pire pour tenter d'oublier, elle craignait qu'une fois de plus, il flirte avec les limites de l'extrême, avec celles de l'indécence, voir du danger. Un instant, un bref instant de panique angoissée, elle se demanda si elle n'avait pas eu tort. L'image que lui renvoyait le miroir n'était pas celle qu'elle aurait aimé voir. Elle était superbe, bien évidemment, dans sa robe bustier d'un rouge éclatant qu'elle ne sortait que pour cette unique occasion. Mais sans Lon, la glace ne pouvait renvoyer qu'une fadeur extrême, un regard inerte et une culpabilité glaciale. Évidemment qu'elle avait eu tort. Mais il était désormais trop tard pour faire marche arrière, et elle n'en avait pas la moindre envie. Dans un soupir, elle délaissa le miroir pour accueillir ses premiers invités dans le hall, arborant le masque le plus serein qu'elle pouvait alors peindre sur son visage : ce sourire innocent que tous lui connaissaient si bien.

L'alcool. Il y en avait partout. Dans les verres en plastique, dans les coupes de champagne. Sur le sol, laissant de vilaines traces noirâtres sur son passage ou dans les toilettes, régurgités par un petit inconscient délaissant ses limites. Des esprits embrumés, des baisers volés, des chutes ridicules ponctuaient la soirée de quelques amusements surfaits. Des petites pilules commencèrent à circuler vers une heure du matin, pilules que Jillian dédaigna. Elle préférait de loin se déhancher sur la piste de danse, bougeant son corps au rythme des boom-booms pas si mélodieux que ça. En cinq petites minutes, le salon qui faisait office de scène fut assailli de danseurs invétérés. Certains, par amour du sport, d'autres par désir de conquêtes. Il y avait bien de jolies jeunes femmes ondulant leur bassin à séduire, ce soir. Quelques-unes suivirent des hommes pas si corrects à l'étage, salissant des draps en même temps que leur amour propre. Alix, elle, refusait ne serait-ce que d'être touchée. Elle dansait sans s'arrêter une seconde, les yeux clos, l'alcool formant une brume inodore dans son esprit agité. Plus d'une fois elle voulut rejoindre l'homme avec qui elle aurait dû être, mais plus d'une fois elle se ravisa. Jamais elle pourrait se satisfaire de n'être que la petite amie de Lon Lockhart. Elle devait être elle aussi, elle, l'étudiante un peu rebelle, un peu fêtarde, un peu capricieuse, la fille respectée de ses pairs tant pour ses soirées mémorables que pour ses coups bas redoutables. A cet instant précis, l'alcool troublant son esprit au point d'en oublier l'autre musique que celle jouée à cet instant par son cœur, elle n'en avait aucune envie. Être Alix sans Lon, cela n'avait qu'un intérêt limité. Mais elle savait bien, elle savait pertinemment que dès le lendemain, elle serait satisfaite de ce qu'elle avait accompli.
Alix ne délaissa la piste qu'aux alentours de quatre heures du matin, après qu'un jeune homme puant le whisky a plein nez ne se soit collé à elle pour entreprendre une danse d'un tout autre genre. Elle ne lui adressa qu'un regard de pitié avant de rejoindre la cuisine, là où les fêtards s'amusaient d'une façon toute différente. Des jeunes gens, la tête en bas, buvaient à s'en faire éclater le foie. D'autres se déhanchaient vulgairement, minijupe et talons aiguilles, sur la table. Un instant, Jill se surpris à prier pour que celle-ci ne supporte pas le poids de ces ballons de silicone. Elle quitta la cuisine dans un sourire, déambulant comme un fantôme éperdu, se tenant aux murs pour ne pas s'effondrer sur le sol où elle aurait pu aisément passer la nuit. Son antre était plein à craquer d'étudiants venus oublier. Et pour la plupart, cette quête s'achevait avec succès. Par pour Jill.

Le monde tournait autour d'elle. Sa table de chevet s'était démultipliée en plusieurs fragments, alors que la lumière tamisée de sa lampe lui renvoyait des ombres fantasmagoriques. Un cerf, ici. Ah non, on aurait plutôt dit Homer Simpson en fait. Quelques images subliminales peut-être. Elle avait jeté sa robe rouge sur son bureau en entrant, soudainement soulagée d'un poids énorme. Ses sous-vêtements avaient volé eux aussi, afin d'enfiler une nuisette plus confortable, puis elle s'était allongée sous la couverture, incapable de retenir un gémissement de bonheur. La musique ne s'était pas évanouie, elle avait même amplifié sous la demande d'une dizaine de mécontents, mais plus rien ne pouvait venir gêner Jillian O'Donnel maintenant qu'elle avait rejoint le doux confort de son lit. Pourtant, à la simple pensée qu'un couple ai pu s'envoyer en l'air, là, juste avant qu'elle n'arrive, elle eut l’irrépressible envie de se relever d'un bond furieux pour aller dormir sur le canapé. Sa nausée l'en dissuada. Comme ses membres, soudainement fragilisés par les multiples grammes d'alcool qui devaient désormais couler dans ses veines. Il ne manquait que Lon. Lon et ses bras autour de son corps, Lon et son regard amoureux, Lon et sa voix ténébreuse. Lon et ses mystères. Son portable à ses côtés semblait lui parler d'une voix aigüe et persistante. " Appelle-le ! " hurlait-il. Mais pour dire quoi ? Que son travail éreintant l'avait tenue éveillée jusqu'à quatre heures du matin ? Lon l'avait certes crue une première fois, il ne laisserait pas passer la seconde.
Alix était à deux doigts de s'endormir lorsque la porte s'ouvrit violemment. Un instant, elle crut que cela pouvait être Lon. Encore à moitié assoupie, s'endormant dans les bras d'une Morphée généreuse qui, elle n'en doutait pas, lui aurait fait voir mille délices aux bras de sa moitié, la jeune femme n'ouvrit les yeux qu'une demi seconde pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas de son principal. Bien sûr, qu'aurait-il pu faire ici ! Tenter des cours particuliers ? Ce n'était qu'Aiden à la recherche d'un endroit où dormir, tous les autres étant déjà occupés ou... inutilisables. « Viens là. » lança-t-elle d'une voix où pointait une fatigue intense, tapotant la place à ses côtés, avant de sombrer à nouveau dans le doux royaume des rêves.

Elle ne se réveilla que le lendemain matin, lorsqu'une bouche heurta son front. Non, plutôt lorsqu'une délicate bouche déposa un délicat baiser sur un front plus si délicat, puisqu'empreint de sueur et des restes d'une soirée trop arrosée. Telle la belle au bois dormant, elle n'ouvrit les yeux que dans l'espoir inconsidéré de découvrir son amour, là, face à elle. Il était beau, si beau qu'elle crut défaillir. L’alcool, coulant toujours à flot dans ses veines et la fatigue évidente après une nuit entière de belle folie l'empêchaient de prendre pleinement conscience de la situation merdique dans laquelle elle venait de s'empêtrer jusqu'au cou. Pourtant, alors que Lon se penchait sur elle pour lui glisser ce qui aurait dû être des mots doux à son oreille, elle eut la surprise de se réveiller complètement. Réveil pour le moins brutal. Les yeux ouverts, l'esprit alerte, le cœur battant à tout rompre, elle voulut sauver les meubles, arranger la situation, faire définitivement disparaître ce regard dans lequel elle sentait poindre tant de colère et de déception. La déception, chez Lon, était un sentiment mortel et vicieux. Ce petit quelque chose qui, bien loin de disparaître à la moindre occasion, s'insinuait pernicieusement dans son cœur pour se loger un joli coin tranquille dans lequel il saurait se faire oublier. Un court instant, seulement, histoire de reprendre des forces et de préparer son retour spectaculaire. Pourtant, alors qu'Alix était traversée par les meilleurs sentiments du monde... « Bonjour mon cœur, je ne savais pas que tu étais censé venir. Bien dormi ? » Peut-être était-ce de la fierté, une arrogance idiote insinuée par l'alcool au travers de ses veines, ou son cerveau peu éveillé qui comprenait très, très mal une situation qu'il se plaisait à prendre à l'envers. Comme si, à cet instant précis, elle avait besoin d'empirer les choses en réfutant l'évidence : elle avait eu tort, et elle aurait dû se jeter à ses pieds pour s'excuser. Elle se contenta de lui offrir un baiser sur les lèvres, de s'armer de son plus beau sourire pour... empirer encore la situation. Non seulement en se relevant, simplement vêtue d'une nuisette transparente alors qu'elle avait partagé son lit avec un autre homme, mais aussi en rouvrant la bouche, en brisant le silence pour alimenter sournoisement le feu qui ne tarderait plus à s'animer dans le corps de sir Lockhart. « Je ne t'ai fait aucun coup Lon. J'aurais aimé que tu sois là, j'aurais aimé passer cette soirée avec toi, et tu m'as énormément manquée. Mais je te rappelle que les trois quart des étudiants ici sont tes élèves. » Et maintenant, toute cette situation allait être de sa faute. Allons Jill, était-ce vraiment à Lon que tu voulais faire croire ça ? S'il y avait bien une chose de sûre, ce matin, chez Alix O'donnel, c'était la vérité incontestable que tous les brillants étudiants au cursus irréprochables de l'université risqueraient une belle crise cardiaque en apercevant leur principal au réveil d'une soirée trop arrosée, les vêtements tachés de vomis où dans les bras d'une fille de toute petite vertu... Voir même les deux.


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we go up in flames.
Il y a des gens avec qui l'on passe une grande partie de sa vie et qui ne vous apportent rien. Encore heureux quand ils ne vous détruisent pas à petit feu. Et puis il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute et changent le cours de votre vie. Quand vous les quittez, ces gens étonnants, vous découvrez qu'ils ont ouvert une porte en vous, initié ce merveilleux mouvement qu'est le désir.
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jillian — perfection has a name

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MessageSujet: Re: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Sam 28 Déc - 1:42

pour noël, je t'offre du caca en conserve  :rabbit: 




feeling down, alone and empty inside
ft. Jill & Lon


Tout devenait plus clair, plus précis. A chaque seconde.
Ce temps sévère délogeait la brume de son esprit nébuleux, celle qu'une nuit courte et agitée avait installée. Le mensonge de Jillian. Étouffant. Indigeste. Si évident dans le regard de son élève. Ce putain de regard sombre et magnifique qu'il violait cent fois d'un œil dur et passionné. Tout ceci n'avait pas le moindre sens. Un instant, Lon souhaita un rêve. Que dis-je ?! Un cauchemar. Mais tout était trop net, trop distinct. Cette bouteille de Jack Daniels dont le bouchon s'était égaré, son vestige ambré qui -encore- l'occupait. Ce soleil brutal qu'un volet ouvert laissait apparaître, ses rayons pâles, violents. Ce lit trop défait, ces draps froissés et cet enfoncement dans le matelas -trace confuse et pourtant trop évidente du passage d'un sombre inconnu. Et cette blancheur sur les traits de la jeune O'Donnel, ces cernes disgracieuses, ce teint terni par l'alcool, par un oubli décidément trop bref. Puante réalité qui se pavanait sous le nez d'un Lockhart noir d'une déception coriace. Interminable trahison. Putain de leurre derrière lequel son cœur s'évadait. Ce cœur boiteux dont les cicatrices saignaient de nouveau. Aisément, on pouvait le suivre à la trace, lécher ce liquide criard laissé à l'abandon et sourire de sa fragilité. Cette fois, Cupidon avait omis un détail et cette flèche qu'il lui planta dans le cœur ne lui infligea que désarroi, confusion et cette peine que Lon avait bêtement cru pouvoir oublier.

Lon (ô narcissisme (a)). Lon et son cœur si frêle -ce cœur qui tarda tant à aimer. Lon et ses états d'âme sans mesure. Lon et ses faiblesses émotionnelles. Lon et son étonnante adresse à se casser la gueule... Boum. Il lui en fallait si peu ! Un mensonge... Un simple croque en jambe au milieu d'une course lente et parsemée d’embûches. Il ne semblait rien apprendre. Sans méfiance, il courrait, esquivait parfois un tronc, un trou. Puis manquait de se briser la nuque sur une simple feuille déposée là. Lui-même aurait pu en rire si la chute n'était pas si douloureuse.
Et elle. Elle, putain. Ne comprenait-elle pas le goût que cette trahison déposait sur la langue de son amant ? Cette saveur grotesque nommée désillusion ? Ce pas de géant ? Ce bond blessant dans le passé, dans une mémoire sombre, amer, puante et putréfiée ? Non, évidemment. Elle ne comprenait pas. Du moins était-ce l'évidence que Lon lisait aisément sur ses traits. Ces traits délicieux apaisés d'un sommeil encore trop présent... Lockhart ne pu s'en empêcher. Tandis que ses paupières découvraient ses yeux, il plongea. Piètre nageur pourtant, il évita toute question et s'immergea dans ces prunelles sombres, s'abreuva de leur pureté postiche, s'abandonna à leur douceur, se noya dans une mer noire et trouble. Un regard dont il s'échappa soudain, le découvrant imposteur, contrefait, infidèle. L'envie de s'y perdre, d'y trouver joie éphémère et réconfort se dissipa.
Enfin, elle parla.

Sourd.
Il aurait cent fois préféré ne plus entendre. Sans être un remède à son malaise, la surdité l'aurait sauvé de ce nouvel élan de colère. D'un pas, il imposa la distance, observant alors cette léthargie nauséabonde dans ces mêmes prunelles auparavant dévorées d'une tendresse crispée. La voix de Jillian était trop... légère, à son goût. Désinvolture désagréable. Mauvais, il ne desserrait plus ni les dents, ni les poings. Quant au baiser qu'elle aventura sur ses lèvres, celui-ci déposa une enclume sur son cœur, atténuant encore ses battements déjà trop discrets. Garce. Gamine puérile et éhontée. Quelle médiocrité elle lui offrait là, à peine sortie du lit, dans cette nuisette que Lon ne se donna pas même la peine d'observer ! Rien n'avait plus d'importance quand son regard triste ne pouvait plus discerner ni les formes de son corps, ni la profondeur de ses yeux, ni la pulpe de son sourire, ni même la hauteur élégante de ses pommettes. Rien n'avait plus d'importance quand devant lui ne restait plus que la laideur d'un mensonge dont il ne comprenait ni la raison, ni l'utilité.
Un gamin capricieux, Lon ? Oh, si peu !
Ce môme avait été privé d'une soirée en plaisante compagnie et, désormais, exigeait réparation. Et si l'orgueil de ce gamin souvent détestable n'avait osé parler jusqu'à présent, il se troubla devant cette nonchalance infecte ! -seule réaction que lui céda une demoiselle encore éprise d'un somme tenace. Cet ego abandonna son inertie, tendit l'oreille puis se mit à gonfler, gonfler... Et Lockhart se demanda un instant s'il était sage de le brider.
A quoi bon ? Jill était cette petite bête sournoise, abjecte et fétide. Jill lui avait menti, sans raison. Jill riait de sa présence, de sa patience. Jill cherchait évidemment à pulvériser ce semblant de calme qu'il conservait sans réelle envie. Jill n'avait plus qu'à récolter le fruit de ses semences.

Évidemment, tout était de sa faute.
Aux dires de cette enfant capricieuse, Lon s'empara du peu de sérénité qu'il conservait et le balança négligemment à la gueule de celle qui n'aspirait qu'à la voir disparaître. „ Parce que tu crois que j'avais la moindre envie de participer à 'ça' ? “  'Ça'. Cette orgie. Cette beuverie déplorable. Cette pitoyable débauche ! Jillian le connaissait-elle donc si peu ? Peu importait à Lon le peu de clarté dont la jeune femme souffrait. Peu lui importait ce sommeil qu'elle venait tout juste de quitter. Peu importait cette évidente gueule de bois que l'alcool lui imposerait. A ses yeux, il n'était pas imaginable qu'elle le croit capable de se joindre à elle, à eux, à tous ces étudiants qu'il méprisait plus encore que sa femme. Évidemment, l'homme avait connu pire, s'était plusieurs fois retrouvé dans des situations grotesques, des délires infernaux, des visions psychotiques d'une vie qui -finalement- n'était autre que le reflet fidèle de sa pauvre existence... Mais non. Il ne partageait pas ces folies, ces tendances bacchanales aux vices, à s'encastrer les uns dans les autres, cette profusion minable et cette capacité étudiante à boire, ingurgiter et vider jusqu'à plus soif. Non. Vraiment. Orgie n'avait jamais été et ne sera sans doute jamais Lon. Cela, Jill le savait parfaitement. Du moins, il l'espérait.
Le ton était dur, dénué de la moindre passion. Il ne restait maintenant que cette once de patience -qui elle n'aspirait qu'à l'évasion. Rien n'avait de sens. „ Et te fous pas de moi. Ton plus grand souhait est de me voir nous assumer. Cette excuse, tu peux l'oublier. J'ai même du mal à imaginer que tu aies manqué une occasion de me tester. “ A son tour, Lon s'abandonna aux reproches. A son tour, il s'évanouit dans les bras protecteurs de mauvaise foi. C'était tellement plus facile...

Longuement, il la dévisagea. Sa douceur semblait s'être définitivement fait la malle pour ne plus jamais reparaître. En réalité, il espérait comprendre. Il voulait savoir pourquoi Jill avait refermé une porte, avait éteint cette lueur que Lon s'était plu à observer. Une lueur d'espoir -peut-être même une étincelle de bonheur. Une lueur teinte de promesses. Une lueur trop brève. Une simple silhouette, finalement. Ou un putain de mirage ! Boum. De nouveau, Lon s'était cassé le nez sur une porte clause -ou était-ce son cœur qui s'était brisé ? La jeune O'Donnel ne lui laissait d'autres choix que de faire demi-tour et retrouver cette obscurité qu'il ne connaissait que trop bien avec un seul espoir : trouver une autre issue.
Mais alors, il devait comprendre. Il voulait comprendre. Jillian le connaissait assez bien pour savoir qu'il accordait difficilement sa confiance ; qu'elle-même avait mis des semaines avant de percer sa méfiance. Alors pourquoi ? Pourquoi prendre le risque de le voir s'évanouir à nouveau, retourner sur ses pas et refuser d'envisager un avenir pourtant prometteur ? Finalement, il prononça ce mot unique. „ Pourquoi ? “ Et un instant, il hésita, avant de céder à un sursaut de colère. Trop présent, son orgueil s'empara de sa bouche, de sa langue, de sa voix pour s'offrir aux plaisirs brefs et puérils de la revanche. Un besoin imperceptible et délicat qu'Ego ne pouvait ignorer. Vengeance serait dérisoire ; une simple pique ; l'expression de sa déception... Avec un seul espoir : celui de réduire cette désinvolture au néant, de l'atomiser pour ne plus la voir reparaître. Jamais.
Enfin, Lon planta douloureusement son regard dans le sien. Presque tendre, il arrêta un doigt au coin de ses lèvres et s'empara une dernière fois du silence. „ Honnêtement, Jill... Si tu pensais que je t'empêcherais de t'amuser, si tu me crois assez con pour essayer de t'empêcher de vivre, alors tu ne me connais pas aussi bien que je l'espérais. “  Entre amertume et mépris, son visage s'approcha du sien, l'effleura. C'était tout. Tout ce qu'il était capable de lui donner, tout ce que son cœur, sa raison et son amour propre pouvaient lui offrir. Parce qu'à cet instant, son être était bien trop occupé à retenir cette passion tendant à s'envoler.


Tout ceci ne correspondait pas; ne leur correspondait pas. Ils en avaient parcouru des kilomètres avant de trouver un terrain d'entente. Un semblant de terrain d'entente... Verglacé, casse-gueule, mais... Non. Finalement les deux amants s'essoufflaient sur cette dune, puisque chaque pas les éloignait du sommet, puisque le sable ne cessait de s'affaisser sous leurs pieds obstinés. Leur avenir ressemblait à un putain de désert, oui ! Un foutu théâtre sans repère trop souvent malmené, souffrant des humeurs de l'un puis de l'autre. Aride. Hautain. Antipathique. Une pute de désert, vraiment ! -où rapidement amour devient tout à tour désaccord, passion, déception, désir, pour le pire, réconciliations,... intouchables (ben oui, autant le préciser ici aussi (a)).
Peut-être que tout cela leur correspondait, finalement. Leur futur commun s'était scellé à la seconde même où le professeur avait couché son élève sur son bureau -il y avait de cela quelques mois : une horizon floue et sans promesse ; une odyssée effrayante dans laquelle Lon n'osa s'aventurer qu'à l'instant où le cœur de Jill l'invita à sa suite. L'homme avançait, encore pété de trouille, éternellement pété de trouille.
Qui, dans ce bas monde pourrais affirmer lequel -du roi ou de la reine- est le plus brisé ?
Personne.
Oui. Cette nouvelle colère, cette future dispute, leur ressemblaient. Bien plus qu'une idylle intact, bien plus qu'une histoire sans heurt.


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MessageSujet: Re: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Lun 30 Déc - 14:16

Lon et Jill.
You were amazing up there.

(C'est une putain de daube, je vais mourir maintenant. :rain: adieu.

Électrique. Un regard glacial pour une amertume brûlante. Jillian avait baissé la tête, s’octroyant ainsi la chance de ne plus rien voir. Ni son visage –fermé-, ni ses yeux –inquisiteurs-, ni son pas en arrière –brutal-. La culpabilité aurait dû lui ronger le cœur, elle le savait, elle l’imaginait au ton dur et blessé d’un Lon sacrifié. Mais un autre mal avait pris cette place et s’y accrochait fermement, enserrant son palpitant dans un étau douloureux. La tête basse, la jeune femme demeurait pourtant debout. Comme un ultime soubresaut de sa fierté largement diminuée, mais toujours là, toujours présente au sein d’une Jillian qui, sans cet égo surdimensionné, ne serait plus vraiment que la moitié d’elle-même. Elle demeurait debout, les jambes menaçant à chaque instant de se dérober sous le poids de son corps, la fatigue inscrivant en lettres de feu dans son crâne un douloureux mal de tête malvenu. Elle rêvait d’eau –des tonnes d’eau-, de thé et de sommeil devant un programme abrutissant à la télé. Son état ne lui permettait pas une énième dispute avec un homme de la trempe de Lon. Orgueilleux, incapable de s’avouer vaincu malgré l’évidence, douloureux et capable des pires mots, Lon était un combattant d’exception. Maniant aussi bien les reproches que les paradoxes, agile avec la meilleure des tonalités à emprunter –froide, dur, tel que l’était son regard- et vainqueur par KO dès lors qu’il s’agissait de gestes, des petits gestes mortels et empoisonnés qui étaient désormais sa feinte favorite. Et dire qu’Alix s’était contentée d’un petit mensonge sans conséquence… En comparaison, une tromperie méritait bien la mort. Elle aurait voulu soupirer, fermer définitivement les yeux, se prélasser sous la couette et ne plus penser, à rien, oublier son esprit et son cœur, oublier les cadavres qui jonchaient le sol, oublier l’alcool éparpillé aux quatre coins de l’appartement, simplement attendre, au chaud, dans le silence. Un silence que Lon ne semblait pas prêt à lui offrir. Et, de fait, un silence qui aurait été bien pire que les reproches.

Une pointe de dédain. Peut-être même l’odeur âcre du dégoût. « Ça ». Un mot balancé avec cette hargne si amère, cette colère si rance. Ça. Un mot qui, de l’avis de Lon, résumait si bien le monde de son aimé. Un monde certes dénué d’esprit et d’intellect, un monde basé exclusivement sur le vice et l’intimité bafouée, un monde qui n’avait rien de rose, ou de beau, ou de meilleur que les autres. Bien au contraire. Mais un monde qui méritait qu’on s’y intéresse, presque autant que celui de Lon, simplement parce que Jillian en faisait partie. Comment pouvait-il se permettre de juger, lui, cet homme qui, autrefois, flirtait avec si peu de délicatesse dans les affres de la drogue. Cet homme qui, loin de toute sagesse et –encore plus- à des lieux de la rédemption ou de la sobriété, se contentait de détruire d’un mot, de cet abject mot, des années d’une vie trépidante qui l’avait même poussée dans les bras de son principal. Sans « ça », Lon et Jill n’auraient jamais existé. Sans « ça », Alix ne serait pas Jillian. Un simple mot, une simple phrase qui insinua colère et orgueil dans l’esprit de la jeune femme, lui fit relever soudainement la tête, osant de nouveau affronter le regard de celui qui venait de parader vainement, s’acquittant de quelques torts dont il aurait bien mieux fait de se passer. Colère enfin partagée. Et bim. Second tort, et pas des moindres. Lon aurait sans le moindre doute mieux fait d’imposer à son aimée le silence tant souhaité. Au moins, celui-ci aurait eu le mérite de faire réfléchir la jeune femme. Là, à mesure qu’il parlait, bafouant le vide de paroles insipides et blessantes, il perdait la partie. Sans retour possible. A mesure qu’il perdait le respect de Jillian.

Une simple question. Pourquoi. Pourquoi ce mensonge, pourquoi cette soirée, pourquoi cette orgie-là, maintenant, pourquoi. Alix comprenait cette interrogation. Elle la percevait, troublant le cœur de Lon, y instillant deux poisons semblables et complémentaires, amertume et colère. Elle ne pouvait rien faire pour changer ces yeux sombres et maléfiques en clin d’œil langoureux. Pas davantage en regard amoureux. En revanche, elle pouvait s'expliquer. Tâcher d'apporter des compléments à une situation qui, à première vue, paraissait si obscure et mesquine, si facilement cruelle. Essayer de remiser sa propre colère dans un coin de son cœur quelques minutes, quelques petits instants cruciaux, dans le naïf espoir de faire reculer la haine dans l'esprit de son aimé. Au moins de quelques millimètres. Quelques secondes. « Tu ne comprends pas Lon. En fait, tu ne veux pas comprendre non plus. Je... J'crois que je voulais simplement me prouver que je pouvais vivre un peu sans toi. » Elle haussa les épaules, fragiles, si fragiles qu'il aurait pu la briser d'une simple pichenette, d'un frôlement, comme il avait failli le faire quelques instants plus tôt. Un rapprochement malsain, presque sadique, qui l'avait troublée davantage encore que son dernier reproche. Ultime reproche. Jillian s'assit sur le lit -en réalité, se laissa tomber plus qu'elle ne choisit de s'assoir élégamment. « Mais non. Un échec. Lamentable. » Elle ne le regardait pas. Les yeux perdus au loin, brillant d'une crainte inavouée, pétillant de cette mise à nue qui la fragilisait davantage encore que n'importe quoi d'autre, son cœur troublé par des aveux si faciles, si aisés, si évidents et naturels, Jillian avait définitivement perdu sa superbe. Elle n'était plus qu'une petite fille désespérément amoureuse, outrageusement sentimentale. Mais sa colère, loin d'avoir disparue, bouillait dans les tréfonds de son âme, gagnait en chaleur, en ardeur, et attendait délicieusement son heure. « Je n'ai pas cessé de penser à toi, de vouloir être avec toi, j'ai lutté pour ne pas te rejoindre.  C'était... Oui, c'est le mot : lamentable. Mais j'ai fini par comprendre. Finalement, c'est toi qui me rend vivante.  Et c'est ça le problème. » Jillian semblait ne pas lui parler. Perdue dans son journal intime, elle écrivait de ses mots l'ultime page de ses ressentis. Elle ne s'adressait à personne d'autre qu'à elle même. Pourtant, à ces dernières paroles, son regard accrocha celui de Lon. A moins d'être aveuglé par la haine et l'amertume, on pouvait y lire de la peur, de l'appréhension, du désespoir, et une pointe d'abattement.

Comment profiter d'un amusement surfait alors qu'une partie d'elle -la meilleure partie d'elle- ne se trouvait pas à ses côtés, enserrant sa main d'une prise chaude et protectrice, déposant régulièrement de doux baisers sur le haut de son crâne, jouant avec ses cheveux d'un doigt rendu captif par leur douceur. Jillian ne s'était jamais imaginée si aveuglément romantique, si terriblement idéaliste. C'était Lon qui l'avait apporté dans sa vie, entraînant à sa suite l'amour, la confiance -quoique-, la passion, et, bien malheureusement, cette foutue complexité qu'était leur relation, ce rubiks cube rebelle, cet enchevêtrement de fils impossibles à dénouer. Créant de nouveaux nœuds à chaque essai de dénouement. Jillian ne lâchait désormais plus Lon des yeux. Elle ne bougeait pas, assise sur le lit pour ne plus faillir, seul un flot de pareil souhaitait ardemment s'échapper de ses lèvres closes, un flot de paroles permis par la fatigue, les restes d'alcool, et la colère. Soupir. « Je sais plus où on va moi, j'suis perdue. J'imagine pas d'avenir sans toi, c'est impossible, je t'aime mille fois trop pour ça et je sais que tu m'aimes aussi, malgré ce regard noir qui me dévisage en ce moment. Mais j'en vois pas non plus avec toi. Mes amis, tu les considères comme des gamins écervelés. Tes amis me voient de la même manière. Je ne leur accorde pas plus d'intérêt qu'eux, d'ailleurs, quand à ceux que je côtoie au quotidien, ils éprouvent pour toi ce que tu leur laisses voir. Tu n'es qu'un principal égoïste et asocial, cloitré dans son bureau maléfique. Tu parles d'assumer ? Déjà, tu me craches ça au visage comme si c'était la pire chose au monde, et même si le secret m'a plu, un peu, je refuse de vivre ainsi. Mais assumer, on le pourrait pas. Même aux yeux du monde, notre liaison est ridicule et insensée, alors t'imagines, notre amour ?! » Jillian se mit à rire. Un rire loin de l'amusement, un rire fatigue, un rire abattement. Un rire de fin. Et pourtant non, elle n'en avait pas fini avec lui. Loin de s'avouer vaincue, loin d'oublier sa colère, loin de laisser de côté les paroles si brûlantes d'amertume et si blessantes qu'il avait proféré par simple petite contrariété, il était de son droit, maintenant, de prendre son tour. « Tu n'es pas de mon monde, et je ne suis pas du tien. C'est pas nouveau. Ce qui l'est, en revanche, c'est que je refuse de quitter le mien. Tu prétends ne pas vouloir m'en empêcher, mais rien que le dégoût que t'éprouves quand jt'en parle... Ça m'en a empêché, pendant longtemps. J'me suis dis que je te dégouterais, à force, moi aussi. Et regarde, j'me suis sentie obligée de te le cacher ! Mais je suis comme tes amis me voient : une gamine écervelée et capricieuse. Tu le savais. Alors arrête de jouer le mec surpris et blessé. » Le ton s'était teinté de fougue et de colère. De passion, certes, mais pas la bonne, pas celle qui fait naître de délicats papillons dans le creux d'un ventre impatient, mais bien celle, plus obscure et malsaine, qui dépose une nausée incontrôlable dans des intestins subitement embrouillés. Embrouillés par des mots assassins, des mots sortis d'une bouche tant aimée qui devenait, d'un coup, exécrée. Cette bouche qu'elle aurait voulu faire taire d'un baiser fougueux et maussade.

Jillian n'avait pas achevé sa tirade. Encore pleine de rancœur, son âme et sa bouche subitement prolifiques, elle aurait voulu ne jamais s'arrêter. Elle savait trop bien que le silence ne durerait pas, que Lon prendrait sa revanche, sa vengeance, et qu'il le ferait bien. Elle était capable de le blesser. Mais ce n'était rien face à sa capacité à la jeter au sol de simples mots. « J'dois réapprendre à vivre un peu sans toi, parce que je ne serais pas la maîtresse presque secrète de monsieur Lockhart pendant toute ma vie. Puis faut bien que je me protège un peu, si l'envie te reprend de m'abandonner comme tu l'as déjà fait dans le passé. » Jillian ne soutint pas son regard. Elle baissa la tête, un peu honteuse et un peu fière à la fois. Honteuse de n'avoir pas pu pardonner -ou au moins de s'en servir à un sombre dessein- , fière d'avoir mis des mots sur ses sentiments parasites qui lui étouffait le cœur. « Si tu attends de moi des excuses, je ne t'en donnerais pas Lon. J'avais besoin de cette soirée, j'en avais réellement besoin. Et si tu ne veux pas le comprendre, alors c'est que toi non plus, tu ne me connais pas si bien que ça. » Elle voulait partir. Fuir, fuir loin, fuir maintenant qu'elle avait achevé ses reproches, et que Lon ne tarderait pas à répondre. Répondre une hargne qu'elle avait semé bien volontairement, mais dont elle craignait désormais les représailles. Fuir pour ne pas affronter ses plus grandes peurs, ses plus purs sentiments ses moins purs. Quitter cette chambre qui était devenu, bien malencontreusement, le cercueil de deux âmes tourmentées.

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Il y a des gens avec qui l'on passe une grande partie de sa vie et qui ne vous apportent rien. Encore heureux quand ils ne vous détruisent pas à petit feu. Et puis il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute et changent le cours de votre vie. Quand vous les quittez, ces gens étonnants, vous découvrez qu'ils ont ouvert une porte en vous, initié ce merveilleux mouvement qu'est le désir.
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MessageSujet: Re: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Ven 3 Jan - 1:56

pathétique  :rain: et j'ai même pas trouvé ma fin magique uu j'suis deeeeg   




feeling down, alone and empty inside
ft. Jill & Lon


Cette présence n'était qu'une putain d'erreur. Cela Lon le savait, tandis qu'il dévisageait le beau regard de Jillian -regard qui ne cessait de tomber sur le sol, comme incapable de soutenir l'animosité muette du professeur, celle-là même qui la toisait, la fixait, sans faillir. Mais il n'aurait du s'éterniser. Quitter les lieux, déguerpir, filer sans un dernier regard par-dessus son épaule aurait été cent, mille fois plus simple. Le premier cadavre -déposé devant la porte d'entrée- avait été tel un avertissement : sale, les cheveux jaunis d'une substance inconnue, de son accoutrement n'étaient restées que ses chaussettes (oui oui!), le regard perceptible derrière des paupières fossilisées, les mains en sang d'avoir brisé un objet quelconque -peut-être une bouteille d'alcool qu'une passion dévorante pour la débauche avait déposée entre ses doigts incontrôlables ! (nan j'exagère le tableau, mais j'avais une vision assez précise de la chose, j'ai tenté de transmettre (a)). Dès cet instant, Lon aurait du tourner les talons, retrouver son antre glaciale et se rendormir ; alors persuadé que ceci n'avait été qu'un rêve, qu'il émergerait bientôt, une Jillian évanouie au creux de ses bras. Trop tard.
Une fois de plus, Lockhart n'avait su éviter les regrets. Il était là, à espérer des comptes sans comprendre qu'il ne récoltait que le fruit abîmé de son tort le plus candide. Naïf, il avait cru pouvoir lui faire confiance. Ce matin-là, elle s'occupa de lui faire bouffer ses doigts.Un festin digne d'un gueux misérable. Les doigts n'étaient que l'entrée infecte et repoussante. Jill s'était emparée du silence et Lon savait que le plat de résistance saurait être composé de sa langue, de ses mots et peut-être même de sa fierté.
Jillian... Éloquence délicieuse, infatigable, exécrable.

Jill avait ce regard fuyant que l'homme avait déjà croisé. Celui-là même que son palpitant ne pouvait supporter. Ces yeux sombres en déroute le bridait, l'enchaînait à une réalité murée dans le silence et toutefois trop présente -réalité fétide encastrée dans ces prunelles qu'il peinait à recueillir dans les siennes. Absence détestable pulvérisant un cœur déshydraté, quand sa rancœur restait intact. La voix, les mots de la belle O'Donnel la laissèrent inchangée tant ces propos se teintaient de vérités et d'une honnêteté méphitiques. Comment Lon aurait-il pu s'en troubler, s'apaiser alors même que son ego convoitait une justice aussi grotesque qu’inaccessible.
Facilement, Lockhart préserva son mutisme. Sans honte, Jill lui offrait ces explications tant espérées. Il n'entendit que les accents puérils de la facilité tandis qu'elle contait son besoin d'indépendance et le mur de béton contre lequel elle s'était heurtée, qu'elle avouait son échec -cuisant, qu'elle flattait sa fierté tout en le qualifiant de 'problème'. Imperturbable, Lon rangea ses poings au fond de ses poches. Comme toujours, il n'entendait que ce qu'il acceptait d'entendre. Tout le reste passait à la corbeille, dans cette indifférence ignoble et évidente que tout le monde lui connaissait. Jillian avait raison : il ne comprenait pas. Il ne pouvait pas comprendre, tant les assauts de ce mensonge s'éternisaient dans son esprit. Très vite, la jeune femme s'abandonna à ce 'pourquoi ?' cédé un peu plus tôt ; cette question unique qui -finalement- restait la seule chose qui importait. Dès cet instant, Jillian s'empara longtemps du silence et l'encombra de mots dévastateurs.
Et quand de nouveau cette voix peinte de tristesse s'effondra dans le mutisme, la main du professeur s'échappa violemment de cette poche qui trop longtemps l'avait dissimulé.

Boum. „Putain, Jill !“ Fervent adepte du calme, Lon n'était pas homme à élever la voix. Ces deux mots, il les hurla. Sans retenue, il les balança à la gueule du silence tandis que son poing s'écrasait brutalement contre le mur. Ne voyait-elle donc pas sa blessure ?! -cet enfer sournois dans lequel cette trahison infime l'enfermait, ce tourment triste et amer dont il ne réussissait à se défaire. Non. Si lui ne comprenait pas, Jill s'enivrait d'une cécité troublante et désoeuvrante. Ignorant la douleur qu'un mur de béton vainqueur installa sur ses phalanges, l'homme se détourna complètement de l'objet de son amour, puis accorda toute son attention à la vue que lui offrait l'unique fenêtre de la chambre. Horizon insipide et sans valeur devant laquelle Lon retrouva une once de sérénité. Il avait mal. Assassins, les propos de Jillian lui trouaient le cœur. Dans sa poitrine, les aiguilles s'esquintaient, joutaient sans retenue et perçaient ce muscle que la jeune O'Donnel avait pourtant trouvé intact. Elle avait fait fondre un cœur de pierre ; un cœur incapable de se battre, de soutenir le regard du mensonge ; un cœur qui savait seulement ce qu'il pouvait perdre, ce qu'il ne voulait pas perdre. Problème : cœur ne savait comment faire.

Le dos droit, le front appuyé contre la fenêtre -il en apprécia la fraîcheur- Lon parla à son tour, d'une voix calme -presque un murmure, confortée par cette éternelle assurance si rare de voir fléchir. „C'est trop facile, Jill... C'est trop facile de me reprocher mes défauts, mon dégoût face à cette soirée et cet avenir à l'évidence trop confus à tes yeux. J'ai fais quoi, hein ? … pour mériter un mensonge et cette putain d'hypocrisie ? J'attends qu'une chose de toi : que tu ne me mentes pas. C'est trop demandé peut-être ?“ Il y revenait. Encore. Toujours. Puisque cette seule erreur était l'unique raison de sa présence. Évidemment. La carte de l'honnêteté l'aurait sans doute cloué à son piano pour la journée. Il se serait alors contenté d'attendre un appel, un message et la permission de rejoindre sa belle sans doute collée devant une feuilleton minable. Mais leur histoire semblait ignorer toute notion de simplicité. Une idée séduisante aux yeux d'un homme comme Lockhart... jusqu'au moment où cette complexité atomisa une partie de son cœur. „Puis merde t'as pas le droit de faire ça. Tu peux pas te laver d'une erreur en me balançant la pire connerie de ma vie à la gueule. T'es pas foutue de me pardonner, je veux bien le comprendre, mais là on parle de toi, de ton erreur, de ton putain de mensonge. Tu sais que ma confiance n'est pas chose à prendre à la légère. Je te l'ai donné, à toi et à toi seule. Chose que je n'avais encore jamais faite par le passé. Et regarde ce que tu en fais ! Je compte si peu à tes yeux ?“ A mesure qu'il parlait, il comprit. Avec lenteur, il réalisa que jamais elle ne saurait lui pardonner son erreur, que la plaie laissée par son indifférence passée n'avait jamais cessé de saigner et quand bien même la blessure s’apaiserait un jour, elle ne céderait la place qu'à une cicatrice fragile et traîtresse, tout bonnement capable de tuer tous ses efforts au moindre tort. Oui. Éternellement, elle lui reprocherait sa faiblesse. Éternellement, elle le condamnerait, criant une culpabilité déplorable. Éternellement, elle serait juge de leur amour -un juge sévère uniquement fidèle à sa propre justice. Justice ? Mes fesses, oui ! Aux yeux de Lon (et de sa mauvaise foi) n'existait là qu'une foutue injustice : Jill ne lui avait pas offert cette seconde chance tant espérée ; elle se contentait d'apaiser sa colère ; elle imposait à sa rancœur un silence redoutable ; il ne suffisait que d'une longue nuit et de quelques verres pour pulvériser sa patience.  

Un moment, l'homme succomba au silence tant le sens et la cohérence désertaient ses propos. Jill en avait trop dit, trop vite. Ses dernières paroles étaient un fléau qui -sans peine- dévastait sa raison, brouillait son esprit et déstabilisait son âme. Pire encore, le passé surgissait, encore et encore, trop fidèle à leur mémoire, leurs souvenirs et leurs douleurs communes. Jillian : délicieuse tortionnaire, bourraeu indélicat. Toujours, le professeur peinait à conserver une tranquillité fuyante que la douleur maintenant aiguë de son poing malmenait. „Et franchement, qu'est ce que tes amis, mes amis viennent foutre là au milieu ? Les ai-je mentionné ? Qu'est ce que ça peut me foutre l'image qu'ils ont de moi ? Je m'en fous, Jill. Absolument rien ne justifie ton mensonge. Rien ne t'empêchait de me dire cette putain de vérité ! Mais merde, cette requête est-elle si illégitime pour que tu me balances la totalité de ta mauvaise foi en plein visage ? Ta confiance en moi est-elle si infime ? Réfléchis, Jill... Je ne t'ai jamais demandé de changer pour moi, je n'ai jamais espéré te voir changer tes habitudes, je n'ai jamais critiqué ta façon de vivre et d'entreprendre ton avenir et jamais je me permettrai de le faire. Quant à ce dédain que tu penses lire dans mon regard quand tes précieux amis s'immiscent dans nos conversations... Ce mépris, je le réserve à peu prêt à la terre entière et cela, tu le sais très bien. Tu le sais. Alors à ton tour, ne joue pas la demoiselle surprise et outrée.“ Doucement, le calme de Lockhart tendait à l'évasion. Dans ses veines, son sang s'agitait. Dans sa poitrine, son cœur s'impatientait. Dans sa tête, raison et sentiments se livraient un combat cruel dont ni l'une ni l'autre ne sortirait indemne. „Je n'attendais qu'une seule et unique chose de ta part : l'honnêteté... Mais t'as préféré me donner une raison de douter de toi. J'aurais tellement aimé te rejoindre tard dans la nuit, m'allonger à tes côtés, sourire des assauts fatigants de l'alcool, m'amuser de ton abandon... A la place, j'ai eu droit qu'à la déception. La déception et un 'faut que j'apprenne à vivre sans toi'...“ Sa voix se brisa. Enfin, son front quitta la fraîcheur plus si délicate de la fenêtre. Plus que tout le reste, le souvenir de ses mots acerbes tuaient son courage. Incapable de lui faire face, de plonger son regard dans le sien, de la dévisager avec passion... Celle-là même qui lui manquait désormais, qui avait déserté, laissant un trou béant dans son cœur. „J'étais pas venu trouver des excuses... J'espérais seulement une réponse à une unique question. Mais même ça, t'es pas foutue de me le donner. Tu parles de dégoût, hein ? Continue, Jill, t'es sur la bonne voie. Mensonge et hypocrisie font très bon ménage...“
Sur ces mots, il acheva sa tirade. Sur ces mots, il s'éteint. De façon surprenante, il gardait le contrôle quand son cœur lui ordonnait de lâcher prise, de laisser libre court à sa colère, de n’épargner personne et surtout pas celle qui en était la cause. Mais non. Non... Lon avait trop peur... Trop peur de ce qu'il pourrait dire, trop peur de ce qu'il pourrait faire, trop peur de la perdre... Elle.
Alors Lon se contentait de fixer la fenêtre, lui imposant toute cette rage encore muette. Sombre. Indélicate. Prisonnière.


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MessageSujet: Re: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Ven 3 Jan - 17:40



Lon et Jill.
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Deux amants désespérément maudits. Deux êtres profondément tragiques que tout prédestinait à un avenir fondamentalement morbide. Une chambre féminine sans décoration apparente, aux murs vierges de toute emprunte. Une scène typique des plus grands drames Shakespearien. Il ne manquait à ce macabre spectacle que le sang et les menaces de mort. Il y avait les larmes dans les douces prunelles de la bien-aimée, le dégout et la rancœur dans l'esprit de l'amant maudit, la colère dans son poing endolori, la peur et l'incertitude tourbillonnant dans l'âme d'Alix. Il y avait même le ciel sombre visible de la fenêtre, une fenêtre qui trouva aux yeux de Lon un attrait soudainement merveilleux, presque féerique. Il s'y trouva une place de choix, délaissant Jillian de son regard sombre et mélancolique, offrant celui-ci à un spectacle nettement moins pathétique. Celui d'un ciel grondant un orage certain, déserté par les oiseaux mais habité par une soudaine obscurité. Doubt thou the stars are fire, boubt that the sun doth move, boubt truth to be a liar but never doubt I love. Du pur Shakespeare. Mais Alix n'avait rien d'Hamlet. Elle ne possédait ni son calme, ni son éloquence, ni sa faculté à conserver l'amour, à le faire flamboyer, vivre, flamboyer, vivre. Elle se contentait de le faire dépérir, à force d'être elle même, à force de doutes et de mensonges, de peur et d'incertitude. Elle le voyait s'échapper dans le regard de l'homme qu'elle aimait éperdument, ce regard qui ne tarda pas à lui être enlevé. Elle le sentait pourrir dans ce poing qui s'abattit sur le mur avec force et violence, ce poing incontrôlé et incontrôlable, symbole de la souffrance et de la plus cruelle des déceptions. A cette vue, Alix avait sursauté. De peur, peut-être, la peur que Lon ne trouve en son visage, en son corps un bouc émissaire plus délicat qu'un mur de brique recouvert d'une vulgaire tapisserie. Puis elle se ravisa. Jamais il ne pourrait lever la main sur elle, jamais il ne s’abaisserait à une telle injure envers elle. Jamais il ne ferait quoi que ce soit qui risquerait de mettre un terme définitif à leur amour. Du moins, était-ce ce que sa naïveté optimiste insufflait en son âme comme pour la rassurer face à cette malédiction qui semblait les poursuivre assidument, sans répit, sans besoin de reprendre le moindre souffle. A cette peur avait succédé l'envie irrépressible de le prendre dans ses bras. De le serrer contre elle, fermement, de le couvrir de baisers, de hurler ses excuses, son besoin de pardon. Jill. Elle voulut se jeter sur lui, lui couvrir la bouche d'un doigt tendre mais inquisiteur pour l'empêcher de prononcer la moindre parole, de briser le silence.

Elle était allée trop loin. Elle avait fait une erreur, en évoquant ce passé désastreux, ce passé terrible et obscur, cette caverne sanglante dont elle était sortie mais qui n'avait jamais été véritablement refermée. Les plus affreux bas fonds de son âme, où on avait enterré son cœur pourtant toujours palpitant, hurlant sa vie, son envie de vivre, son besoin viscéral de vivre. Sans Lon, pourtant, il ne vivait pas. Alors, comme on l'avait privé de Lon, on l'avait privé de son cœur. Il était resté, plongé dans un sommeil profond, là où Jill n'était plus capable d'aller le chercher. Entre les mains de Lon. Et elle avait continué à vivre, privé d'une partie d'elle, de la meilleure partie d'elle. Alix était redevenue la jeune femme qu'elle était avant, seule, désespérément seule, maudite par le mal d'amour et la peur d'aimer. Elle avait tâché d'oublier. A travers l'alcool, la drogue, les hommes aussi, les hommes surtout, elle avait voulu faire de sa mémoire un véritable champ de mines. Y effacer les souvenirs si douloureux qui brillaient dès qu'elle songeait à son mal. Jamais elle n'y était parvenu. Elle avait essuyé un échec redoutable, un échec cuisant dont elle ne s'était jamais véritablement remise. Et comme Alix n'était pas parvenue à oublier ses douleurs, ses plaies béantes ouvertes par la seule force d'un seul homme, par le seul dégoût qu'il avait mis dans ses paroles assassines, elle n'était pas non plus parvenue à oublier cette descente aux enfers. Ni les raisons qui l'y avait poussée.
Aujourd'hui, elle se revoyait distinctement plonger dans les abysses de la dépression, incapable de saisir l'échelle qui la guiderait vers la lumière. Chaque pas lui paraissait une torture inaltérable, elle se voyait telle une Sisyphe des temps modernes. Condamnée à un éternel recommencement, obligée d'essayer de se sauver, vainement, toujours vainement, mais de continuer à y croire pour ne pas sombrer de façon définitive. Continuer à y croire sans jamais y croire, pourtant. A quoi bon, sans celui qui offrait la lumière à sa vie, sans le seul être qui ai un jour pu faire partie de sa vie solitaire, y inscrire son nom en lettres de feu pour la déserter sans la moindre culpabilité. Puis tout avait changé. La lumière avait été faite sur cette histoire tout comme elle avait été rendue à Alix. Elle n'oubliait pas, mais elle avait pardonné. Comme une gamine capricieuse et odieuse, elle s'en servait simplement comme instrument de torture. Démunie, entendant sa voix démolir amèrement la beauté du silence, écoutant ce ton grave qui savait faire battre son cœur comme l'arrêter brusquement dans un accès d'anxiété, elle mourrait de peur. Elle revoyait ce passé, elle visionnait ce présent, elle mélangeait les deux pour en faire l'avenir.

Il parlait. Il parlait, il parlait, il parlait, il parlait encore. Des phrases, intéressantes, d'autres, véritables, d'autres encore, d'une absurdité sans fondement. Il n'avait pas totalement tort, comme il n'avait pas raison. Dialogue de sourd. Alors qu'Alix, perdue et affolée, osait évoquer le sujet de leur couple dans le long terme, dans leur vie future et leur vie tout court, Lon n'en avait plus que pour ce mensonge. Il n'avait d'yeux que pour cette pathétique excuse d'une gamine égocentrique, comme s'il s'agissait de la pire des plus odieuses trahisons possibles. Quant à elle, hypocrite sans doute, elle niait son erreur en pointant du doigt un sujet certes non moins pertinent, mais qui n'avait ici pas lieu d'être. Deux fiertés surdimensionnées incapables de se remettre en question. Et des paroles dépassant des pensées mal placées. Bref, une situation merdique. Alix l'écoutait, la tête haute. Elle ne lâchait pas une miette de ce qu'il avait à dire, n'oubliant pas de se remettre en question à diverses reprises, s'empêchant un rire malvenu quelques fois, ou sentant ses yeux piquer abruptement suite à l’affluence de quelques larmes de sel. La peur, la colère, l'appréhension, la culpabilité et l'attention formaient un tourbillon incompréhensible dans les pires recoins de son esprit, l'empêchant d'être parfaitement objective face aux reproches qui ne cessaient de pleuvoir. Mais pourtant, ce n'était rien. Rien face à ce qui arriverait.
" Tu parles de dégoût, hein ? Continue, Jill, t'es sur la bonne voie. "
Elle aurait voulu hurler. Lui hurler de se taire, lui hurler qu'il n'avait pas le droit de remettre en doute son amour, la place qu'il avait prise au fil du temps dans son cœur désolé et aigri, lui hurler qu'il ne l'écoutait pas, qu'il ne faisait que faire semblant et que si seulement il avait offert un intérêt, ne serait-ce qu'infime, à ce qu'elle venait de lui dire, il comprendrait alors qu'il n'avait rien fait pour mériter ce mensonge, mais qu'Alix en prenant l'entière responsabilité. Elle aurait voulu hurler que non, on ne parlait pas, qu'il parlait seul d'un sujet trop futile, qu'elle parlait seule d'un sujet trop grave. Lui hurler qu'elle lui connaissait parfaitement bien ce mépris, mais qu'elle craignait simplement en faire un jour les frais.
Comme ce jour là. Comme cet instant précis, où au lieu d'un regard dont elle fut privé, elle eut le droit à ce ton dédaigneux, à ce dos tourné, à ce mépris qui l'atteignit en plein cœur.

Le souffle coupé, mais un calme nouveau descendu sur son cœur comme une enclume qu'on retire, Alix ne tarda pas à se lever.  « D'accord. Reprends ta confiance alors, puisque je ne la mérite pas. »  Ses pas parurent subitement silencieux, après les flots de paroles qu'ils avaient lâché l'un après l'autre. Elle ne tarda pas à le rejoindre. Son contact, à des lieux de la tendresse habituelle, prenait la forme d'un touché glacial alors qu'elle tourna le visage de Lon vers le sien. Leur regard se croisèrent. Alix ne tenta même pas de discerner la moindre émotion dans celui de l'homme qu'elle aimait si éperdument, mais dans le sien, on ne pouvait lire qu'amertume, douleur, et froide colère. Glaciale. Hivernale. Polaire. Un instant, elle glissa sa main sur le cœur de Lon, ce cœur qu'il lui semblait connaître, ce cœur qui battait désormais de dégoût et de colère, de déception et de tristesse. Ce cœur marqué d'une encre noire du prénom de sa belle, symbole d'éternité, symbole d'amour éternel. Lorsqu'elle reprit la parole pourtant, nul amour chaleureux ne résidait dans sa voix. « Reprends aussi ton dégoût et ton mépris, je veux ni de l'un, ni de l'autre. On a plus rien à se dire. Sors d'ici. » Son ton était froid et sévère, soutenu par la rigidité de son regard. Sa phrase ? Un ordre. Qui ne tolérerait sans nul doute aucune incartade. Alix, un proviseur très sévère.

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Il y a des gens avec qui l'on passe une grande partie de sa vie et qui ne vous apportent rien. Encore heureux quand ils ne vous détruisent pas à petit feu. Et puis il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute et changent le cours de votre vie. Quand vous les quittez, ces gens étonnants, vous découvrez qu'ils ont ouvert une porte en vous, initié ce merveilleux mouvement qu'est le désir.
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MessageSujet: Re: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Lun 6 Jan - 0:50

prout prout prout   




feeling down, alone and empty inside
ft. Jill & Lon


Lon possédait cette étrange capacité à passer d'une humeur à l'autre. Il le faisait sans prévenir, sans s'incommoder du ressentiment que cela pouvait provoquer. S'il s'en fichait ? Oui, il s'en fichait. A ses yeux, il possédait toutes les raisons du monde de se montrer lunatique, d'observer cette situation avec colère, d'appréhender un avenir incertain avec cette tristesse démesurée. C'était si simple : Jill lui avait menti, sans la moindre raison, sans penser aux conséquences, sans se préoccuper de la réaction d'un être instable. Esprit fragile, détraqué. Il n'aurait suffi que d'une parole, une seule promesse. Il aurait été si simple qu'elle affirme qu'elle ne recommencerait plus, qu'elle était mille fois plus digne de sa confiance que n'importe qui d'autre et que rien -absolument rien n'avait changé. Mais la jolie O'Donnel avait préféré l'hypocrisie et Lon -bêtement- avait accueilli ses paroles avec une surprise immodérée. Tous deux n'étaient désormais plus qu'un couple barbare, pitoyablement occupé à fracasser leur patience à coup de pelles assassins. L'on pouvait aisément croire qu'ils aimaient ça, finalement. Ils avaient réussi à s'en convaincre : ni l'un, ni l'autre n'était prêt à vivre cette idylle appétissante qu'on leur agitait cruellement sous le nez. Leur amour restait ce sentier semé d'embûches... quand l'un franchissait l'obstacle avec aisance, l'autre ne réussissait qu'à se casser la gueule. Quant à espérer de l'aide pour se relever, il ne fallait pas y compter.
Deux âmes égoïstes empêtrées dans une passion maudite, dans un amour merdique et puant bon à atomiser leur cœur respectif.
Sans doute aurait-il était plus simple que chacun retourne à cette vie incohérente vécue jusque là, loin de cette tragédie immonde, de leurs querelles incessantes et de ces regards obscures teints des chimères grotesques de leur passé commun.. La silhouette de ce passé était alléchante, presque nette, d'une simplicité ridicule. Et pourtant impossible à atteindre, inenvisageable. Pas pour Lon. Jill  était une obsession, une hantise apaisante ou désagréable, un monstre de perfections inavouables, une putain de nymphe dont il était éperdument amoureux -amour stupide et puéril. Jillian ? Une putain de drogue, oui. Une de plus... Sans doute la seule capable de le rendre meilleur, de lui offrir une once de bonheur, d'apaiser les tourments de son esprit et les assauts douloureux de ses souvenirs. Tant de bien-être que Lockhart semblait incapable d'accepter.

Puis il y eut ces pas, que Lon devina sans les écouter. Immobile, il devina la présence de Jillian dans son dos. Cette main qu'elle posa froidement sur son visage lui imposa un frisson. Une présence chaleureuse, malgré la glace que cette énième dispute installait. L'homme se détesta. Instantanément, il haït sa faiblesse... Cette foutue faiblesse dictée par une femme imparfaite ! Il n'était qu'un putain d'esclave. Un sujet souvent malmené. Un personnage soumis, parfois rémunéré d'une caresse, d'un baiser. Le reste du temps, il subissait la contrainte, les sautes d'humeurs d'une demoiselle impérieuse. Quant à cette rébellion qu'il imposait parfois, Jillian n'avait qu'à poser une main sur son cœur pour la faire taire. Définitivement. Et c'est ce qu'elle fit. Glaciale, elle capta son regard et abandonna des doigts cruels sur sa poitrine. Là. A l'endroit exact où le cœur de Lon redoublait de vigueur. Garce. Jill le connaissait bien plus qu'il n'osait l'admettre.
Parfaitement immobile, le professeur tenta vainement d'ignorer cette main que son pauvre cœur assimilait à une lame, un poignard menaçant que la jeune femme oublia un moment contre sa peau. Un moment. Trop long. Trop court. Puis elle parla, pour pulvériser cette paix éphémère déjà présente dans le regard de son amant. A l'évidence, Jillian n'avait que peu apprécié la dernière prise de parole de Lockhart. Elle le foutait dehors. Ni plus. Ni moins.

L'ordre ne semblait espérer qu'obéissance. Cruel, il ne soulevait pas le moindre doute. L'espace d'un instant, Lon pensa à un refus. Cette conversation était terminée. Elle l'avait été à la seconde où Jillian avait ouvert la bouche, encore paumée dans ce monde parallèle imposé par le sommeil. Mais l'homme était un fervent adepte du dernier mot. De nouveau, il imposa la distance. Mauvais, il s'échappa de cette emprise, de cette simple main despotique et recula d'un pas. Un seul. Tandis que son regard acceptait cette prison dans laquelle les prunelles de la jeune O'Donnel l'enfermaient. „J'ai pas...“ Il ne put terminer sa phrase. Discrètement, la porte de la chambre s'ouvrit sur un visage timide. „Alix, ça va ?“ Blondinet à la con. Lon se retourna et accorda à l'étudiant ce regard qu'il lui avait déjà réservé quelques minutes plus tôt. Un regard étrangement semblable à celui qu'il offrait à Jill, ce matin là. Le jeune homme avait eu la décence d'enfiler un tee-shirt -et ce détail semblait lui donner le droit d’interrompre leur échange. Le principal savait que le coup de poing abandonné contre le mur n'était pas étranger à cette nouvelle présence. Sans nul doute l'inconnu se trouvait-il derrière cette porte depuis plusieurs minutes déjà, témoin inacceptable d'une conversation trop bruyante, trop inhabituelle. Le garçon oublia un moment son amie et dévisagea brièvement cet homme au regard teint de dangers, agité de mépris et d'intolérance. Ceux là même que Jillian ne pouvait plus supporter. „Z'êtes pas son père, hein ?“ Questionnement inutile. Sur le visage du blondinet, Lon lisait aisément ses certitudes -ainsi qu'une certaine animosité qu'il se permis d'ignorer. Superbement.
Un unique pas l'emmena au corps de Jillian. Puis, c'est de sa bouche qu'il s'empara. Sans brutalité. Entre douleur et passion, espoir et désillusion, sauvagerie et tendresse. Sur ses lèvres, il abandonna un baiser peint de langueur, d'une mélancolie douce et rêveuse tâchée d'indifférence cruelle. Un baiser d'adieu ? Lon refusa d'y penser. Non. Ce n'était qu'un baiser parmi tant d'autres. Sa singularité résidait dans le regard que l'homme adressa à la jeune femme tandis qu'il fuyait la chaleur de son corps désiré. Facilement, il troqua sa dureté contre une léthargie désinvolte. A elle seule, il abandonna ses dernières paroles. „J'suis pas son père, non.“ Une dernière fois, il se pencha sur elle, flirta détestablement avec son oreille et se permit un murmure. Des mots dénués de la moindre hésitation... Des mots sincères. Tout simplement. „Mais putain j'aimerais savoir ce que je suis !“

Jill avait raison. Leur intimité troublée, il n'avait plus rien à foutre ici.

Il ne lui adressa pas même un regard. Putain non, il le planta là ce foutu regard trop capable de lui faire perdre pied. Ce maudit regard qui pulvérisait sa patience, tyrannisait son cœur et lui demandait expressément de foutre le camp. Tchao. Il ne lui laisserait pas le plaisir de le lui ordonner une seconde fois. -Au revoir ? Au revoir. Adieu même, si tu veux, mais cette fois ce sera ton putain de choix-. Odieuse indifférence... mille fois trop factice. Lon s'envola (parce que superman c'est quand même le bon rôle (a)), abandonna les deux étudiants et retrouva le parfum nauséabond de ces restes infectes d'une soûlerie meurtrière -dont la victime puante n'affligeait que deux cœurs tourmentés.
Trou noir. Une fraction de seconde. Ou alors plusieurs ? Peu importait. Mielleux, exécrables, les propos de Jillian persécutaient une âme en colère. Cette situation n'était qu'un putain de néant dans l'esprit d'un homme dénué de raison. Celle-ci flottait à ses côtés, pathétiquement inutile. Un nuage vaporeux dans une obscurité déchirante. Un goutte de poison dans une mer déchaînée d'une douleur infatigable. Lon, dans sa sulfureuse splendeur ! Pour peu, il en demanderait encore. Et encore. Il l'avalerait cette peine, oh oui, jusqu'à s'en faire exploser le cœur, jusqu'à sombrer dans les méandres assassines de la folie. Et Raison ne faisait rien ! Elle flottait à ses côtés, éternellement inutile. Elle ne faisait qu'observer son propriétaire -tiraillé entre passé et présent- et la douleur d'un palpitant qui n'espérait qu'à l'exil -jusqu'en stratosphère, là ou personne, personne! ne viendrait le troubler. Petit être débile.
Débile d'amour. Débile de croire. Débile de vivre.
L’ascenseur : ce putain de paradis. Derrière ses portes closes, Lon observa longtemps le reflet que lui renvoyait le miroir. Le reflet d'un homme d'apparence calme, dont seul le regard trahissait la haine. Un reflet brûlant d'une agressivité sournoise, d'une rage bestiale. Un reflet trop peu compatible avec cet amour blessé qui battait dans sa poitrine. L’œil agité de dépit, Lockhart résista à l'envie, au besoin d'achever son poing dans ce foutu miroir.
Il tenta de résister.
Mais merde, depuis trop longtemps le loup s'ennuyait dans sa cage. Jill avait eu droit à sa patience. Pour elle il s'était bridé, laissé enfermé, avait calmé ses ardeurs. Pour elle, il s'était satisfait d'écoute et d'éloquence, avait troqué aboiements et grognements contre parole et silence, avait subit quelques vannes criminelles et accepté la brutalité excessive des mots. -les blessures n'étaient pas corporelles, elles n'étaient que plus douloureuses. Lon n'éprouvait aucun regret. Il savait cette femme capable de le pousser à bout, d'atomiser à la fois raison et folie, de le conduire si loin sous terre qu'il finirait devant les portes de l'enfer... immanquablement.
Il le savait. Il l'avait su à la seconde où il avait croisé son regard, la première fois. Lon ne regretterait rien. Jill possédait son cœur ; le droit de vie ou de mort. Très consciemment, il le lui avait offert. Une décision qui n’excluait pas quelques dommages collatéraux. De temps à autre.

Cling. Ces miroirs étaient si fragiles.
Le loup ne montra pas les dents. Silencieux, il attaqua ce maudit reflet trop serein à son goût. Violent, il tua ses joues creusées de douleur, son teint morbide et ses yeux cruels. Tous s'écrasèrent sans discrétion sur le sol, pour flirter avec le commun des mortels -sans aucun doute, ça n'avait pas la moindre importance. Le loup resta seul, enfin, sans personne pour le dévisager, sans cet être étrange obsédé par la tristesse, hanté d'un malaise persistant... ou plutôt, immortel ! Lon, ce pitoyable loser laissé à l'agonie sur le carrelage de ce putain d'immeuble... Vision burlesque, si peu crédible et pourtant si réelle ! De Lockhart, il ne restait qu'un molosse méchant assis au volant d'une caisse de luxe. La musique à fond, la main peinte de rouge, la conduite agressive, il n'aspirait plus qu'à une chose : se coller devant une belle daube et se taper une défonce royale.
C'est ce qu'il fit.

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◭ arrivé(e) le : 26/08/2013

MessageSujet: Re: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Ven 10 Jan - 0:37


Lon et Jill.
You were amazing up there.
tu sais ce que j'en pense.    

C’était la première fois qu’Alix émettait un doute sur leur relation. Intrépide, passionnée et incertaine, elle avait lié ces deux êtres dans un tourbillon d’incertitudes et d’appréhensions, de douleurs et de martyrs, puis de bonheur et de douceur. Amoureux de leur passion, passionnés par leur amour, Lon et Jill s’étaient laissé guider par le destin, main dans la main et les yeux rivés vers un même horizon. Désormais, cet horizon semblait diverger. Leur regard aussi. Probablement fascinée par la complexité et la chute, par les ténèbres et le malheur, Alix ne voyait maintenant plus qu’un brouillard opaque troublant la beauté de son mirage d’antan. Il ne résidait en elle plus l’ombre d’un espoir, plus une parcelle d’envie. Courir après cet horizon vacillant au moindre éclat de voix lui apparaissait comme un défi perdu d’avance. Moins intrépide qu’auparavant, moins courageuse, moins audacieuse, car ayant  acquis une chose à perdre, Alix avait abandonné le goût des challenges infranchissables et des missions impossibles. Elle avait changé en profondeur, une métamorphose qui paraissait lui avoir coupé les ailes, laissant sur son sillage un oisillon égaré et esseulé, rendu inapte à la moindre communication, à l’espoir du moindre appel à l’aide. Pourtant, dans cette chambre innocente entachée d’excès de fierté, la jeune femme s’était laissé aller à quelques aveux honteux. Elle avait baissé sa garde, profitant d’un moment inopportun pour trouver en elle quelques parcelles de courage et ainsi libérer cette angoisse, cette crainte, cette peur immuable d’un avenir trop obscur. Une peur qu’elle savait, sans l’ombre d’un doute, partagée par un Lon blessé et blessant. L’oisillon avait tenté de reprendre son envol, désireux d’être épaulé par une bourrasque alliée. Peine perdue. Exiger de son amour quelques paroles rassurantes et bienfaitrices alors même qu’elle l’avait troublé de mots vils et menteurs, voilà qui demeurait dans le sein sécurisant de cette hypocrisie dans laquelle Jillian se vautrait depuis le début de leur tête à tête. Une hypocrisie que le principal ne se fatiguait plus de lui reprocher. À trop écouter son cœur, elle en avait oublié sa raison. Grave erreur. Lon, lui, n’oubliait pas.

Soumise à la déception d’un échec laborieux, Jill n’avait plus trouvé que dire. Muette et épuisée, elle s’était contentée de vriller son regard vide et terne dans celui de Lon, gorgé de colère. Puis elle s’était approchée de lui, avait déposa une main froide sur un cœur noir d’encre séchée et de ressentiments boursouflés. Noir de cette amertume difficilement supportable. Elle l’avait laissée trainer là, cette main tant aimée et caressée, là où se mesurait son emprise. Symbole d’un amour qu’elle voyait s’amenuiser sous les coups répétés d’une incompréhension mortelle, symbole d’une ardeur qui avait déserté cette scène chaotique pour disparaître vers d’autres lieux plus sereins et propices. Symbole de leur relation tout entière, avec ses hauts et ses bas, ses envols poétiques et ses chutes apocalyptiques, ses déceptions et ses surprises. Jillian ne doutait pas de leurs sentiments ni de sa main mise sur ce cœur qu’elle aurait aimé sentir battre sous ses doigts. Le monde qu’ils s’étaient créé tous les deux, cet océan de secret, cette forêt de passion, cette montagne de sentiments, ce monde dans lequel ils avaient fait évoluer leur relation l’avaient rendue prospère et florissante ; ce monde ne tarderait plus à faillir. Bientôt, il perdrait de ses couleurs vives pour sombrer dans l’obscurité d’un orage. Jill en avait acquis l’absolue certitude : ils ne pourraient vivre éternellement dans ce – pourtant – fabuleux déni. D’ici peu, ce monde volerait en éclats au profit de cette sinistre bulle de réalité. La réalité dans laquelle leur amour portait la notion d’interdit, celle dans laquelle ils tentaient de s’épanouir comme élève et comme principal, comme femme à peine adulte et comme futur quarantenaire. Alors ils avaient fait leur choix : tels deux êtres si inaptes à ladite réalité, ils préféraient encore se perdre, à deux, dans un rêve commun dont ils détiendraient seuls la clé. Malheureusement, cette chimère fantasmée ne saurait plus durer.

Détestable impression de déjà-vu. A nouveau, Lon préféra s'éloigner d'elle, reculer d'un pas symbolique pour s'extirper de sa présence, de cette magie qu'elle semblait exercer sur lui et qu'il lui rendait au centuple. A nouveau, il ne lui offrit que la solitude d'une main glacée, la brûlure d'une fierté mise à mal, l'agonie d'un amour persistant. A nouveau, il hésita, failli se rendre coupable de délit de fuite. Un délit qu'elle avait elle-même exigé, élevant le ton pour devenir reine de ses envies. Finalement, sa retraite devrait attendre. Loin de rejoindre la porte par laquelle il était entré, loin de quitter cette chambre et le doux regard de sa belle, Lon brisa le silence dans laquelle il les avait murés par sadisme et par orgueil. Jamais Alix n'avait éprouvé tant de bonheur à entendre le son de sa voix. Jamais elle n'avait été si heureuse de voir l'un de ses ordres piétiné par des pas prétentieux et négligents. Pourquoi ? Parce que nulle image ne lui paraissait plus obscure que celle de Lon franchissant cette porte pour ne plus faire machine arrière. Nulle pensée ne pouvait se teindre d'angoisse davantage que celle d'un avenir sans lui. Sans son mépris, son orgueil, ses défauts divers et multiples. Tous ces travers qu'elle lui reprochait si assidument mais qui, elle le savait bien, faisaient fort heureusement partie de ce caractère complexe et mystérieux dont elle était tombée éperdument amoureuse. Sa colère et sa subite envie de solitude réparatrice n'enlevaient rien à cette certitude qui faisait palpiter son cœur. Elles la rendaient plus fade, simplement, moins lumineuse, moins bienveillante. Suffisamment abstraite pour qu'Alix se permette d'exiger du calme auprès de l'homme qui s'amusait à la vêtir de reproches. Sa fatigue l'y autorisait. Cela ne signifiait pour autant pas qu’elle désirait réellement le voir fuir sa présence, encore moins qu’elle l’y encourageait. Elle espérait simplement une réaction. Une réaction à mille lieux de la fuite, et à mille lieux du reproche. Une réaction qui se rapprochait bien plus de leur amour que tout ce qu’ils avaient pu se dire, en cette matinée troublée.

Alix n’obtint pas de réponse. Privée de son Graal par la venue d’un imprudent, elle tourna un visage sourdement contrarié en direction de l’homme qui venait de s’emparer de la parole. Voleur sans état-d ‘âme mais soumis à une interrogation légitime, il avait sans doute conscience de troubler un évènement dont il ne connaissait rien. Impatient et soucieux d’empirer son pitoyable cas, Aiden ne tarda pas à brouiller le silence d’une toute autre question bien moins légitime. Gênée, le teint rosi par la honte face à la réaction de son ami, Alix n’ouvrit pas la bouche. Elle ne tenta même pas de défendre Lon, d’appuyer ses dires, pas plus que de faire fuir ce malvenu qui avait pourtant bien mieux à faire en allant secourir les corps affalés sur le sol alcoolisé. Elle se tut, le regard baissé, le cœur embrouillé et l’estomac noué. Honteuse et désolée. Impatiente de connaître la réaction de son homme et apeurée de devoir y faire face.  
Une réaction qu’elle n’aurait pu imaginer, même dans ses espoirs les plus fous. Un pas. Un unique pas avant qu’il s’empare de sa bouche, emprisonnant son cœur d’un baiser froid et rêveur. La surprise et la tendresse ne tardèrent pas à éblouir son palpitant, alors que son regard s’habillait d’une improbable douceur. Douceur concédée par la disparition de sa rancœur. Ce geste et cette caresse inattendus avaient suffis à anéantir le doute dans son esprit alarmé. Leur univers avait retrouvé ses couleurs, leur mirage, sa présence. Son réalisme l’interdisait de se croire définitivement sauvée, mais elle avait confiance, désormais, une confiance aveugle offerte à un homme qui savait toujours s’en montrer digne. Lon la connaissait sur le bout des doigts et le lui prouvait à chaque fois. Toutes ses craintes lui apparaissaient subitement comme un tort qu’elle devrait rectifier. Très vite. En attendant, Jillian en avait oublié la présence d’un intrus. Il n’était plus qu’une preuve nouvelle que lui accordait le principal, l’immuable confirmation que leur berceau de secrets n’était pas un frein ultime à leur relation. Seulement une embûche de plus placée vicieusement sur le sentier de leur liaison.

Alix ne prit pas la parole. Elle laissa au silence le droit de s’imposer enfin, alors qu’elle goûtait encore à la saveur suave et sucrée qui persistait sur ses lèvres lorsque Lon s’en détacha. Elle lui offrit simplement un regard amoureux, un regard débarrassé de la colère et de l’amertume, un regard lavé de ses soupçons et de ses craintes. Ce regard que nul autre ne lui connaissait, ces prunelles pétillantes qu’elle lui réservait, à lui et à lui seul. Ce regard qui se teinta d’un amour plus fort encore lorsqu’elle sentit un souffle masculin titiller sa nuque, se jouer de ses frissons, apposer sa marque sur son esprit en liesse. Lui imposer une nouvelle crainte qui, à son humble sentiment, n’avait pas sa place dans leur union. Alix aurait voulu le retenir. Elle aurait aimé le suivre, s’emparer de son bras, le forcer à se retourner, voler à son tour cette bouche qui lui appartenait depuis longtemps, faire taire les craintes, les appréhensions pour les noyer dans un torrent d’affection et de passion. Elle n’en fit rien. Jillian se contenta de couler des prunelles protectrices sur son départ. Avant de dévisager Aiden, ce pauvre Aiden, victime inconsciente d’un monde dont il n’avait fait qu’effleurer les frontières. Elle hésita. Trancha. « Va-t’en, j’ai besoin d’être seule, je suis fatiguée. » Stupéfait et immobile, il resta coi. La jeune femme ne semblait pas apte à répondre aux questions qui se peignaient pourtant sur son visage. Qui était cet homme ? Pourquoi avait-il embrassé Alix alors qu’il la savait célibataire et volage ? Était-ce cet homme étrange et inconnu qui l’avait changée ces derniers mois ? Était-ce lui qui l’avait plongé dans un tel état d’abattement, avant de réparer son erreur ? Alix – qui venait de s’allonger sur son lit, la tête plongée dans les couvertures – le dissuada d’ouvrir à nouveau la bouche. Il avait la désagréable sensation d’en avoir déjà trop dit. Dans un silence religieux, il quitta la pièce, fermant derrière lui cette porte qu’il n’aurait jamais dû ouvrir.

Jillian demeura longtemps dans cette position. De longues minutes, peut-être une heure, sûrement davantage. Soumise à son esprit en déroute, incapable de dormir malgré la fatigue qui battait à ses tempes, elle se contentait de penser. Elle songeait à Lon, à leur union, aux sentiments qui papillonnaient dans ses entrailles, à ceux qui brûlaient son âme, aux autres. Ces autres qui, monstres dressés toutes griffes dehors, n’attendaient qu’à réduire en charpie le rêve d’une idylle. Elle pensait à Lon, à cet homme mystérieux et unique, cet être incroyable avec qui elle se voyait gagner des batailles et affronter la tempête. Avec lui, elle ne pouvait que vaincre l’adversité. Avec lui à ses côtés, plus rien ne lui faisait peur. Plus rien n’aurait dû l’effrayer. Jillian avait appris à bien le connaître, en profondeur, n’omettant de lui rien d’autre que le caractère et les horreurs qu’il réservait au bas peuple, rien d’autre que ce mépris qu’il lui interdisait. Avec elle, il était autre. Et il méritait sûrement davantage que ce qu’elle avait à lui offrir. La sincérité, la douceur, la passion, l’amusement et l’indécence. Elle se sentait capable de relever ce défi, tant qu’il tenait sa main dans la sienne et susurrait des encouragements à son oreille attentive. Face à ses insultes et à ses reproches, elle perdait définitivement contenance pour sombrer dans les vices qu’il lui avait connu autrefois, et dont il croyait sans doute l’avoir débarrassée définitivement. Non. Alix retombait vainement dans les mêmes travers dès qu’elle n’était plus couvée par ce regard énamouré. Soupir. La tête enfin sortie de ces couvertures, elle respira longuement, cessa de penser, décida d’agir.
Agis.


« Em, occupe-toi d’eux, veille à ce que cet appart soit toujours debout à mon retour. » Alix n’attendit pas de réponse. Peu vêtue, elle se contenta d’enfiler un manteau d’hiver, de saisir ses clés au vol, de claquer la porte sur son départ après avoir constaté les débris de miroir dans l’ascenseur. Au volant de sa voiture, elle peinait à porter une attention suffisante à la route et aux autres conducteurs. Klaxonnée plusieurs fois, obligée d’appuyer de toutes ses forces sur le frein à quelques reprises, mais plus encline à forcer sur l’accélérateur, Alix n’arriva en vie que grâce à sa chance naturelle ou à une bénédiction des dieux. Elle ne sonna pas, ne toqua pas, elle entra. Croiser Adison ne l’effrayait pas, elle était même devenue un être auquel son esprit n’accordait plus la moindre attention. Une simple brindille prête à craquer – non sans hurlement sous les pieds d’un couple plus uni qu’elle n’avait jamais espéré l’être dans ses rêves les plus affriolants - Adison n’était rien. Aiden n’était rien. Les interdictions n’étaient plus rien. Seuls comptaient Lon, et cette petite voix résonnant sans cesse dans sa tête en feu. Cette petite voix qui criait l’essentiel. Son amour pour Lon, son envie de fonder quelque chose avec lui, ce monde qui ne devrait pas disparaître. Tout ce en quoi elle croyait, fondamentalement, éperdument. Tout ce que nul ne pourrait lui enlever, ni les craintes, ni les terreurs enfantines, pas davantage que les règles absurdes et éphémères d’une société dangereusement corrompue.

Attirée par le son de la télévision et la voix détestable et criarde d’une gamine qu’elle avait bien connu autrefois et qui avait traumatisé son enfance, Alix ne tarda pas à rejoindre le salon. Un salon noyé d’ordre et de bruit. Un salon où régnait la bête, tapie sur son fauteuil, le visage dressé vers ce programme abrutissant, un salon où elle pénétra sans une once d’hésitation. Il l’avait balayée, cette peur, d’un baiser amer et délicat. Lon lui avait rendu sa superbe comme il lui avait offert la vie, en se soumettant à leur amour. Il était naturel qu’elle fasse de même. « Tu sais parfaitement ce que tu es. » Alix s’était arrêté, le regard braqué sur lui. Son cœur s’était allégé d’une amertume et d’une colère qui n’avaient pas lieu d’être dans leur couple atypique. A son tour, elle n’offrit pas au silence la domination d’un instant. Elle couronna la parole. « Tu es un emmerdeur méprisant, souvent arrogant, parfois capricieux, toujours borné » Alix ne tarda pas à le rejoindre, déposant une main délicate et rassurante sur celle, presque inerte, qui trônait sur l’accoudoir. Lon était tout cela, et il méritait ses qualificatifs, elle ne les inventait pas. Elle se contentait de résumer la situation dans laquelle il s’était allégrement vautré, délicieusement différent, délicatement marginal, porteur très incertain du surnom d’exception. Une exception qui, elle aussi, se rattachait à ses vieux travers lorsque privé du regard de l’autre. Avisant la seringue qui trainait, le regard décharné d’un Lon à des lieux de ce salon, Alix laissa un sourire amusé se peindre sur son visage. « et un drogué, en plus de ça.  » Accroupie face à lui, sa main posée sur la sienne, c’est d’une voix rassurante, d’une sonorité douce et apaisée qu’elle brisa de nouveau leur doux confort. Alix avait quitté l’amusement et la dérision pour se replonger dans la plus pure des sincérités. Ce joyau éternel et immuable qu’ils forgeaient ensemble, jour après jour. « Mais tu es aussi étrangement l’homme que je ne cesse d’aimer chaque instant un peu plus. Et de ça, je t’interdis d’en douter. » Même lorsqu’elle lui offrait la plus valable des raisons de le faire. Même lorsque la terre entière, la nature, les hommes, la planète, dieu, lui crieraient dans un parfait concert qu’elle n’était qu’une menteuse. Aucune cause, qu’elle soit chimérique ou réaliste, ne pouvait justifier de tels doutes et de telles craintes. Jamais.

« Je ne te mentirais plus. » ne tarda-t-elle pas à glisser à son oreille, dans un murmure entendu, sa main caressant la pâleur de son doux visage. Victoire. Lon pouvait à nouveau se targuer d’avoir vaincue sa belle, de l’avoir clouée au sol, harassée de reproches, d’avoir combattu fièrement son égo démesuré, et de l’avoir battu, sans l’ombre d’un doute. Il pouvait se pavaner, lance à la main, la tête de cette arrogance féminine dominée au bout d’une pique. Il pouvait s’en vanter à qui voulait l’entendre. Mais étrangement, cette défaite n’avait, au goût de Jillian, aucune saveur âcre et amère. Simplement la douceur acidulée d’un cœur pour l’instant apaisé.

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Il y a des gens avec qui l'on passe une grande partie de sa vie et qui ne vous apportent rien. Encore heureux quand ils ne vous détruisent pas à petit feu. Et puis il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute et changent le cours de votre vie. Quand vous les quittez, ces gens étonnants, vous découvrez qu'ils ont ouvert une porte en vous, initié ce merveilleux mouvement qu'est le désir.
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MessageSujet: Re: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Mer 15 Jan - 15:00

... j'pense que tu sais ce que je peux en penser (a) réponse écrite en quatre fois, dois y avoir un paquet de répétitions et faudra pas trop compter sur la cohérence. bref, j'aime pas, trop de trucs à dire, trop d'idées, j'ai pas réussi à trier... désolé ma gueuse



feeling down, alone and empty inside
ft. Jill & Lon


Lon balança ses clés sur ta table du salon. Passion. Fureur. Un manque déjà trop présent. Dans son esprit se bousculaient ces émotions, des images trop nettes d'une énième journée gâchée, dévastée par quelques événements amers que sa mémoire ne cessait de visualiser. Encore. Et encore. Un moment, il hésita, passa devant son bureau sans s'y arrêter et s'empara de ce silence détestable qui ne cessait de répéter ce 'sors d'ici' sanglant, cruel. Sur le clavier, ses mains s'égarèrent. Trop rapidement, les touches du piano s'enfonçaient, pour former une mélodie sans douceur. C'était une complainte criante, un thème froid et austère dans lequel il plaça sa rage et son amertume. Et puis il y eu une fausse note. La fausse note qui invita son poing à s'abattre sur l'instrument. Brutalement, une main boiteuse et ensanglantée frappa. Une fois. Une unique fois. Un mélange désobéissants de notes peu mélodieuses accompagnèrent l'homme jusqu'à son bureau. Là, il ouvrit le tiroir -ce maudit tiroir. Là, il vola cette came trop longtemps ignorée. La came. La seringue. Le garrot. Une fois de plus, cette colère sourde et cent fois trop discrète avait raison de sa patience et Lon ne su que lui offrir la seule et unique chose capable de l'apaiser. Une défonce magistrale, délectable, royale.

Tic tac.
Il fixait le cadran de l'horloge. A l'autre bout de la pièce, la télévision hurlait. Un chimpanzé -superbement bien équipé- offrait ses faveurs à une donzelle poilue et soumise à la fierté brutale d'un mâle dominateur. A ce joyeux programme animalier, Lon n'accordait qu'une indifférence monstrueuse car rien -absolument rien- n'importait plus que ce tic tac désagréable, infatigable, imperturbable. Plusieurs fois, il tenta de la figée, cette foutue trotteuse. Chaque fois, il essuya un échec cuisant. Une fois. Deux fois. Trois fois... Le dernier qu'il supporta. L'homme s'empara du premier objet que sa main rencontra. Rapide, il l'envoya à la rencontre du mur, là où trônait cette horloge vainqueur, ce trophée rapporté d'un voyage quelconque, ce bibelot qui n'était cher qu'aux yeux d'Adison. Bibelot qui s'échappa sur le sol dans un bruit de métal et de bois. Avec un sourire, Lockhart donna une tape chaleureuse sur l'épaule de sa satisfaction, puis retourna se vautrer dans le canapé... pour assister aux ébats fébriles d'un primate grotesque. Y assister, grimacer, puis enfoncer le bouton de la télécommande en se disant que décidément, cet animal s'y prenait comme un manche. Bientôt, Dora réapparue. Putain d'exploratrice ! Avait-elle pulvérisé le système, détourné un satellite et monopolisé tous les signaux afin d'envahir les écrans et imposer son timbre mielleux à la terre entière ?! -Dora l'exploratrice putschiste. Il ne manquait plus que son homologue masculin, Brady Barr. Et les explorateurs psychotiques seraient enfin au complet. Finalement, Lon haussa les épaules. C'était toujours mieux que les cris infects d'un macaque en pleine période de rut.
Mieux, vraiment ? De nouveau, l'homme quitta le confort de son canapé et les piaillements irritables de Dora s'estompèrent, affaiblis par le son de la déchéance, de la luxure et du vice. Suicidal Tendencies gronda et s'empara de l'oreille fatiguée du principal. Enfin, Lockhart retrouva son bien être là où il l'avait laissé : canapé.
Ne cherchez pas le moindre sens à ce manège. Il n'en existe aucun. A cet instant, la raison n'était plus que lueur, aux côtés d'un astre solaire appelé folie. Lon avait troqué toute mesure, l'avait remplacée par une vieille amie qui désormais semait la zizanie dans ses veines, dans son esprit, dans son appartement.

Alors que l'horloge n'était plus que ruines sur un sol immaculé, Lon perdit toute notion de temps. La drogue faisait ravage à l'intérieur de son corps, plombait son regard déraisonné de visions irréelles. L'étaient-elles réellement ? L'homme n'aurait su l'affirmer. Depuis combien de temps était-il là, assis dans un fauteuil qu'il ne se souvenait pas avoir rejoins ? Quelques minutes ? Plusieurs heures ? Et que faisait cette arme délicieuse glissée entre ses doigts ? Pourquoi le dévisageait-elle avec insistance ? La main teinte d'assurance, Lon guida le revolver vers un regard curieux, puis se permit un rictus partagé de malveillance et d'amusement. Une seconde plus tard, l'objet tombait entre les coussins d'un fauteuil qu'il déserta.
Seconde dose. L'aiguille approcha un bras maltraité, des veines brûlées -carbonisées même par des années de décadence. Ces mêmes veines prêtent à exploser sous la pression d'un élastique complice. Ces mêmes veines qui accueillirent le poison avec ravissement, qui le guidèrent à travers une dépouille blessée, fatiguée... celle d'un cœur abîmé, aux prises éternelles avec l'incertitude. Déjà, la première injection avait calmé sa nervosité, apaisé un homme en proie avec des démons millénaires. La seconde serait pour oublier. Oublier quoi ? Oublier tout. Héroïne n'avait là qu'une tâche à accomplir : atomiser une matinée entière de souvenirs, pulvériser un fragment de mémoire et offrir à Lockhart une once de repos, lavé de toute pensée, de tout regret. Et héroïne y parviendra, ne laissant à cette âme esquintée qu'un nom indélébile, qu'un amour intact. Car Lon savait cette unique évidence : pour l'oublier, elle, Jillian, son cœur devrait cesser de battre.
Seconde dose. De nouveau, l'homme s'effondra dans cet univers captivant et psychotique mille fois visité. Et une troisième seringue attendait son heure, sagement allongée sur la table basse. -traînée. Numéro trois, quant à elle, ne saurait que retarder une descente tant meurtrière qu'inévitable. Numéro trois enverrait Lon dans un sommeil semé de rêves étranges, puis l'abandonnerait, l'oublierait, le laisserait cracher sa bile nauséabonde et tenter de fuir une nuit faite de cauchemars trop réels. Numéro trois, la traîtresse.

Était-ce Adison qu'il entendait ? Léthargique, le professeur tendit une oreille presque sourde. Il aurait été incapable d'affirmer le retour pourtant probable de son épouse et cette fois, l'état pathétique dans lequel il se trouvait n'avait rien à voir avec son ignorance. Sombre, il espéra la voir apparaître. Oh oui, il l'attendait cette chieuse innommable qui, en une décennie, avait réussi à le mener jusqu'aux portes de l'enfer, lui avait imposé un jeu cruel peint d'innombrables remords ; cette conne méprisable qui avait trop rapidement gravé le mot 'toxico' sur son front et n'avait cessé de lui reprocher un défaut pourtant unique (oui oui (a)). Adison... Adison et son besoin de contrôle perpétuel, sa personnalité candide et son penchant trop prononcé à vouloir le changer, lui, l'homme qu'elle prétendait aimer... Et qu'elle aimait -sans l'ombre d'un doute. Putain d'amour à sens unique ! Lockhart ne lui réservait que mépris, ce sentiment pire encore que la haine, éternellement présent dans ce regard qui s'attardait parfois sur celle qui partageait son toit. Barbare, Lon laissa un rictus mauvais envahir son beau visage. Ce jour-là, il offrirait à Adi la preuve intolérable d'un échec cuisant, le spectacle pitoyable d'une décennie gâchée. Trop fidèle à lui-même, l'homme espéra prendre son pied, torturer le cœur de celle qui lui avait donné sa patience, prouver que rien -et surtout pas elle- ne saurait le changer et que ce bonheur qu'elle tentait  de lui imposer n'était plus qu'une ombre négligée, piétinée. Adi n'aurait besoin que d'un regard pour voir, comprendre, haïr, puis souffrir. Et déjà Lon affichait sa suffisance.
Un contentement écourté tandis que son sourire se figeait. Il devinait un pas léger, trop différent de celui de son épouse.
Jillian. De nouveau, ses lèvres s'étirèrent. Cette fois, il savoura sa victoire.

Elle apparue devant lui et Lon lui offrit une sérénité effroyable, lui épargnant un rictus vainqueur, préférant la dévorer d'un regard teint d'un désir plus qu'évident. Immobile, il la laissa réduire une distance trop longtemps présente et leva vers elle un visage serein. Un instant, le sens et la raison de leur dispute lui échappèrent. Dans son cœur vibrait encore une amertume raisonnable. Quant à sa colère, la drogue l'avait expédiée en stratosphère. Était-ce un rêve, une illusion perverse imposée par un venin tortionnaire ? La main que la jeune femme posa contre sa joue intima le silence à ce questionnement inutile et Lon quitta l'attrait indélicat de l'enfer pour retrouver un éden qu'un simple mensonge avait assombri. Là, de nouveau, il rayonnait, agacé de malice et d'une sincérité que l'homme n'espérait plus. Chevalier solitaire -adoubé sans doute par un sir quelconque, véreux et suspect. Chevalier aurait aisément pu savourer sa victoire, afficher contentement sur un visage odieusement satisfait, déployer ses couleurs et cracher aux pieds d'un ennemi assommé par ses erreurs. Chevalier aurait pu fanfaronner, s'arranger de la seule admiration d'une exploratrice détestable, puis s'évader, la fierté pendue aux lèvres. Mais si déchu soit-il, Lockhart n'était pas ce genre de héros. Et, au lieu d'enlever sa promise sur son cheval blanc, au lieu de lui imposer l'inconfort d'une monture monoplace, il préférait aisément mettre pied à terre, tenir la bête par la bride et offrir un bras galant à sa princesse pour marcher, côte à côte, vers quelques horizons incertains. Ainsi, Lon se contenta du silence et s'il réserva à Jillian une œillade mutine, il lui épargna une vantardise déplacée.

Et enfin, cette promesse. Lon ne l'espérait plus. Elle avait été l'unique parole souhaitée, désirée. Elle donna un souffle de vie à une confiance jusqu'alors occupée à se laisser crever, seule sous un lampadaire, sous la lumière tamisée et tremblante de la trahison. Nerveuse, confiance sauta sur ses pieds pour retomber à genoux -trop facilement- devant un amour une fois encore épargné. „J'crois vraiment qu'on devrait s'appeler avant de se visiter l'un et l'autre. Ca t'éviterait de me trouver dans un tel état ; ça m'éviterait de te trouver au pieu avec un autre.“ Le reproche semblait avoir déserté et c'est un nouveau sourire qui accompagna ses propos. Les caprices de leur bonne entente frôlait l'indécence. Celle-ci se pavanait, parfois étouffante, parfois à la dérive. Entre clarté et étincelle trop éphémère. Partagée, écartelée par les merveilles d'une nuit étoilée et la monotonie d'un ciel grisé de tristesse. Celle-ci ornait un amour difforme, ornait une passion tourmentée, déréglée par deux personnalités incompatibles, soumise aux désirs incohérents d'esprits biscornus. Jill. Lon. Leur couple n'acceptait-il aucune norme ?! … Cette idée, Lon l'accepta, tandis que venin s'emparait définitivement de son esprit, en brisais l'harmonie et pulvérisait les quelques connexions logiques persistantes...

Lon se mura dans le silence. Longuement, il dévisagea ce petit bout de femme qu'il aimait sans patience, sans mesure, sans raison. Un instant, il pensa s'emparer de ses lèvres, ne plus les quitter ; s'offrir aux va et vient lascif de la réconciliation ; présenter un doigt vulgaire à l'éthique ; partager une fois encore bien plus qu'un baiser, qu'un regard, qu'une parole teinte de promesses et de sincérité. Oui. Il n'avait qu'à déserter ce foutu fauteuil et voler cette bouche désirée. Le reste se présenterait ensuite avec aisance, facilité, sans question, ni quête de réponses. C'était d'une simplicité grandiose ! -d'une simplicité inconcevable aux yeux d'un homme comme Lockhart. Finalement, cette maîtresse  qu'il pensait généreuse, cette amie de longue date, cette épaule imaginaire sur laquelle il s’épanchait, cette 'héroïne'...le trahit. Dangereuse, elle se glissa contre son oreille et lui demanda d'éviter ce pont que Jill espérait le voir franchir. Ce pont n'était pas sûr et Lon gagnerait des années précieuses en se jetant à la flotte, là, dans des eaux sadiques... Celle de l'incertitude, de l'appréhension.
Pas une seconde il ne douta de ce conseil, ni même de sa logique -totalement inexistante. Il plongea.
Un bref instant, Lon dissimula son regard derrière des paupières déjà lourdes. La drogue inhibait ses sens et masquait cette cohérence qu'il tentait d'approcher. „Tu sais, Jill...“ , commença-t-il tout en taquinant le revolver jusque là invisible aux yeux de la belle O'Donnel. „S'il y a une chose que nous partageons avec excès, c'est bien l'amour du risque.“  Oh oui. L'amour du risque, du danger, de l'imprévu et de l'interdit. Où Lon voulait-il en venir ? Lui-même ne semblait réellement le savoir tandis qu'il s'exprimait avec une calme éloquence. „Et s'il y a une chose que j'ai apprise -grâce à toi, je le reconnais- c'est qu'à force de chahuter chance et patience, on finit immanquablement par se casser la gueule.“  A la femme qu'il aimait, il accorda un sourire tendre avant de coller l'arme contre sa tempe. Déjà vu détestable... Menaçant, le canon glacial flirta une seconde avec sa peau et Lockhart savoura ces retrouvailles. La crosse de l'objet tenait une place chaleureuse au creux de sa main blessée, quand son poids s'approchait de la perfection. Lon et son flingue : une longue histoire qu'il ne faudra un jour vous compter. Plus tard. „Foutue chance, hein ?“ Son pouce abaissa le chien. „On la taquine une fois...“ Sans hésitation, il pressa la détente. Clic. Le silence n'épargna personne. „Ou même deux.“ Non. Un 'pan' assassin brisa le calme que son monologue cruel imposait. Même Dora se tu enfin, alors que le téléviseur basculait, tué par cette arme que Lon avait dirigé contre lui, par cette balle unique qu'un hasard joueur avait placé en seconde position dans le barillet. „Ou pas.“  
Qu'était-ce ? Un avertissement ? Une mise en garde sadique ? Non. Ce discours, ce spectacle n'était qu'un homme jeté dans les remous tumultueux d'une rivière capricieuse. Immanquablement, la drogue faisait son œuvre et menait Lockhart aux frontières fragiles de la folie. Folie suicidaire. Avait-il réellement conscience de son acte ? Oui. Non. Peut-être. Héroïne possédait un pouvoir éventuellement tragique, ce pouvoir que seul un camé peut comprendre et envisager. Le poison exterminait tout forme de conscience et ne laissait à son esprit qu'un mot unique : immortalité.
Une putain d'illusion, oui. Une fois de plus.

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MessageSujet: Re: feeling down, alone and empty inside /ft. alix   Lun 27 Jan - 22:16

Jill et Lon.

You were amazing up there.


Le présent. Toujours. Lon et Jill ne pouvaient s’inscrire dans leur passé –trop sinistre-, pas plus que dans leur avenir –incertain-. Ils n’étaient qu’inconstance. Instantané. Les fantômes d’un présent trop vite révolu, rendu obsolète par la course du temps. Jamais elle n’aurait pu prédire qu’à cette ultime seconde, elle aurait relevé la tête de son lit, qu’elle se serait hissé sur ses pieds, les idées arrêtées et les minutes saccadées. Plus rien ne comptait. Rien d’autre que cette décision tant subie que choisie. Celle de retrouver Lon, de caresser son doux visage, de l’inonder de paroles bienveillantes et de douceurs réconfortantes. Adieu, égo. Au revoir, fierté. Elle pouvait piétiner ses mensonges, saccager son hypocrisie. Plus rien n’avait d’importance. Rien d’autre que ce visage qu’elle dessinait dans ses pensées, que cette voix qui inondait ses songes, que cette main qui cajolait ses cheveux. Elle en était sure, désormais. Le regard alerte, l’esprit libéré de cette brume opaque provoquée par l’alcool qu’un simple baiser avait su éclipser. Jillian avait marché jusqu’à la porte, jusqu’au salon, jusqu’à Emrys, jusqu’à son manteau et ses clés, jusqu’à sa voiture. Puis elle avait roulé. Sans la moindre attention, elle avait parcouru les mètres, puis les kilomètres. Elle avait tracé ce chemin qu’elle connaissait par cœur désormais, cette piste qu’elle saurait reproduire les yeux bandés. Elle s’était libérée de l’oppression de ses craintes, de la monarchie instillée par la reine Peur. Elle avait tout plaqué. Sur sa route, elle avait écrasé son arrogance, heurté sa dignité, détruit ses craintes, l’une après l’autre. Elle avait ralenti devant le brouillard de leur avenir, mais avait fini par s’y engager, prudemment d’abord, le pied sur l’accélérateur ensuite. Elle n’avait pas rencontré de dommages irréversibles. Il fallait qu’elle accélère encore. Il fallait qu’elle retrouve Lon.

Le face à face avec la porte. Une lourde porte de bois, massive, celle de l’immeuble. Jillian s’y était engagée, le souffle court, le regard un peu moins assuré, la tête basse. Bien que blessées et ensanglantée, les craintes demeuraient immortelles. Puis elle s’était engagée dans l’appartement. Lockhart. Ce nom la narguait de cette étiquette apposée fièrement sur la porte. Mr & Mrs Lockhart. Encore. Toujours. Une Mrs qui n’existait plus que par ses douleurs hurlantes et ses peines cinglantes. Une crainte qui, elle, avait péri dans l’accident de voiture. Jillian ne s’en formalisa pas, pénétra dans l’antre de la bête. Elle ne craignait pas ce qu’elle y trouverait. Ce fut une erreur. Il était là, cet homme qu’elle aimait tant, avachi sur le canapé, le regard perdu dans un vide éphémère, un vide troublé par le son d’une télévision enfantine. «  C’est la carte, c’est la carte. » Soupir. Sourire. Un sourire qu’elle envoya valser à la vue d’un Lon si pitoyable qu’apitoyé. Jillian ne l’avait que rarement vu dans cet état, mais chaque incident était un coup de plus assené à son cœur amoindri. Adison l’avait trainé dans les abysses de la drogue, dans les méandres de l’addiction. Adison l’avait attaché à son taxi direction la déchéance, et elle l’avait admiré achever sa course. Elle avait suivi des yeux la chute interminable d’un homme déjà au fond du gouffre. Elle pouvait être fière de son œuvre, cette odieuse créatrice, une œuvre qui n’avait pris vie qu’en croisant le doux regard de Jillian, mais qui mourrait à nouveau dès qu’il s’en trouvait séparé. Son regard en témoignait. Dans ses pupilles ne résidaient qu’un vide affolant. Un vide qui s’éclaira lorsqu’il la vit. Quelques résidus d’amour, certaines épaves de tendresse, des ruines de ce désir qui ne les quitterait plus jamais. L’héroïne avait certes déposé un voile sur ses yeux, elle n’avait pas su les rendre insensibles au charme de la belle. Nouveau sourire, paroles attendues surplombant l’insupportable voix de Dora. Jillian lui offrit ce qu’il méritait sans retenue, sans déception, sans peine aucune. Elle n’arborait qu’une douceur improbable, une tendresse attrayante, un total abandon face à l’évidence de ses torts.  Elle s’en para de la tête aux pieds, de cette foutue douceur, et ainsi n’aspirait plus qu’au calme de douces réconciliations, ou qu’à la fougue ardente de pardons dument mérités. Inepties et naïveté.

Jillian le connaissait bien, cet homme qu’elle dévorait des yeux. Elle cernait sans grande difficulté l’amour éperdu brûlant ses prunelles, les sentiments étrangers papillonnant dans son cœur en miettes, le nirvana chassant, petit à petit, la morosité de son esprit. Elle délimitait aisément les limites de sa colère, les défauts de son âme, les carences de sa patience. Elle se savait capable de tout accepter et de tout pardonner. De prendre soin de ce miroir endommagé, de prendre le temps de le réparer. Elle s’y attelait. Souvent, Jillian prenait le risque de faillir. Parfois, elle chutait lamentablement, entraînant Lon dans son échec. Ce n’était pas une tâche aisée que de rectifier les erreurs d’Adison, toutes ces méprises qu’elle avait mis des années à tisser. Instigatrice d’un destin tragique, elle n’avait désormais que ce qu’elle méritait. Et son ouvrage de l’obscurité reprendrait des couleurs entre les doigts de Jillian, elle s’y emploierait, quel que soit le temps que lui demande cette besogne. Elle le ferait avec bonheur et tendresse, toujours. Cette même tendresse qu’elle affichait dans son regard, son sourire, jusqu’à la douceur de sa caresse, et celle de sa voix. Elle le connaissait, oui. Pourtant… Pourtant, il lui prouva une fois de plus qu’elle se trompait lourdement. „Tu sais, Jill...“ Non. Elle ignorait. Jusqu’à la bêtise de son amant, la présence de cette arme, la terreur, cette foutue peur subite et intolérable qui tambourinait dans son cœur, déversait sa chaleur dans son corps, dans son âme. Elle ignorait qu’elle ne savait plus rien. Lon lui était devenu étranger, sa main sur cette arme n’avait plus sa couleur, elle avait perdu sa douceur. Ce flingue s’était immiscé entre eux comme un perturbateur mortel et sadique, perturbateur contrôlé par la seule héroïne qui faisait mouvoir ses doigts comme une vulgaire poupée de chiffon. Il ne restait plus de Lon qu’un médiocre damné qui riait d’un pacte avec le diable. Il jouait. Détestables paroles, odieux reproches à peine camouflés derrière le calme de sa voix, Lon s’amusait à la terrifier. Monstre de perversion, il assurait sa sincérité d’un doigt appuyé sur la gâchette. Il prouvait sa bonne foi et sa ténacité d’un second doigt appuyé sur la gâchette. Et il affirma sa stupidité d’une télévision en morceaux, d’éclats de verre jonchant le sol, de vacarme provoquant sursaut et prunelles embrumées. Plus de doute ou d’angoisse, cette fois résidait dans ce regard féminin et humide une terreur réelle et insidieuse qui faisait trembler ses doigts. Affolée, Jillian n’essaya pas une fois de lui prendre l’arme des mains, elle ne tenta pas de le faire reculer, ni de prendre la parole. Rendue muette et paralysée par la stupéfaction, elle se contentait d’admirer, impuissante, le spectacle d’une déchéance et celui, plus terrible encore, de la fragilité de leur union.

Elle avait teinté son regard d’une haine pure et viscérale. A peine eut-il lâché l’arme et retrouvé l’inconfort du vide dans ses mains qu’il sentit celle de Jillian s’abattre sur son visage. Longuement, sa joue conserva une couleur cramoisi. La marque de ses doigts tardait à s’estomper, une marque que la jeune femme admirait de ses yeux embrumés. Une fois de plus, elle aurait voulu parler. Sa colère, sa haine, la terreur qui, elle aussi, tardait à disparaître. Elle aurait voulu hurler toutes les questions qui taraudaient son cœur et brûlaient son âme. Elle aurait aimé comprendre. Deviner. Savoir. Comment pouvait-il lui infliger une telle vision. Comment pouvait-il ne serait-ce que laisser la possibilité d’une vie dénuée de sa présence, d’une existence entière privée de son sourire et de sa douceur, de la candeur de son regard et de l’impudence de ses paroles. Elle n’en saurait rien. Lui-même l’ignorait, visiblement. Elle aurait voulu parler. Elle ne le pouvait pas. Les sanglots auraient immanquablement suivi le moindre son. Seul le silence accueillit donc cette scène morbide, un silence provoquée par le décès prématuré de la télévision, et celui - imaginé - de l’exploratrice Dora. Un silence de plomb. Nul pleur ne coulerait sur ses joues pour lui, aujourd’hui. Il n’en méritait pas la pureté.

Sur un regard méprisant, Jillian rebroussa chemin.  
Plus rien ne l’attendait ici.


_________________
we go up in flames.
Il y a des gens avec qui l'on passe une grande partie de sa vie et qui ne vous apportent rien. Encore heureux quand ils ne vous détruisent pas à petit feu. Et puis il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute et changent le cours de votre vie. Quand vous les quittez, ces gens étonnants, vous découvrez qu'ils ont ouvert une porte en vous, initié ce merveilleux mouvement qu'est le désir.
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